03/05/2010 Vue remontée

qui München Ljubljana Zagreb Belgrade égrènent – chapelet mantra nuitamment chanté essoufflés soufflant – fumée de clope entre champs de maïs et buildings avec horizon brume et notre langue d'autoroute bitume

03/05/2010 Vue remontée

qui vont gyrophares bleus verts dans les rétroviseurs – et se rêvent cow-boys cow-boys sous une fine pluie les montagnes zautrichiennes gueulant qu'ils grinçants – mes fantômes – libres sous le grand ciel gris – libres sous le grand ciel gris

03/05/2010 Vue remontée

qui traversent les néons publicitaires bercés par quelles étoiles absentes et klanklanklang de bagnole usée – et se réveillent côte Est capot ouvert café fumant sur leurs entrailles tripes

26/04/2010 Vue remontée

qui quadrillent l'Europe et récitent La Traversée des Etats au volant le diesel – le raffut que ça fait entre les bielles entre nos corps tout une nuit se déchire au prix du gasoil et nous – on y verra – rien

26/04/2010 Vue remontée

qui affamés assoiffés affonés épuisés des trottoirs de l'Europe voyageurs éblouis béats – affamés assoiffés sur les rond-points les parkings bivouaquent

26/04/2010 Vue remontée

qui clefs de contacts ils enchaînent mes fantômes les milliers de kilomètres dans le brouillard brouillard – et les plaines immenses ça fait peur un continent d'Ouest en Est et vice versa poussières

26/04/2010 Vue remontée

qui Lindberghs dans le bleu nuit ou mécanos d'occasion passagers du diesel – fumée de clope dans l'habitacle – vieille tire des particules noires – en suspension – sur les routes de l'Est et bitume bitume

18/03/2010 Vue remontée

ce qu'on met dans nos carlingues - à s'en faire péter les turbines - on the road etc - nulle vision à la station essence du supermarché ce jour-là - plus d'un euro le litre ça te revient oui c'est ça - quel été quelles routes - ah oui voilà - on avait parcouru toute l'Europe - d'Atlantique à la Mer Noire - et le Danube le fleuve meule mâle - qu'avance fonce à travers l'Allemagne Willy Betz jaune bleu dans le ciel Willy Betz à doubler Munich et à filer plein Ouest - dans les corps le chemin vers l'Ouest n'a jamais le même tremblé rouge sang qu'importe - Diezel Gazole mon amour quand d'une main chaude mon pistolet dans le réservoir j'appuie sur la gâchette défilement les chiffres le rêve à plus d'un euro cinquante le litre ça reste moins cher que la vodka - Diezel Gazole en toutes les langues et pour toutes les routes - un jour tu seras grand vieux un jour d'un pistolet à essence tu comprendras l'essentiel.

11/03/2010 Vue remontée

l'aiguille du compteur 120 peut-être et le bitume parfois encore frais la station essence - liquide tout par terre le pistolet dans la main pour remplir - ras-la-gueule et l'odeur encore qu'on a mis de la sciure autour trois gars sont assis là qui discutent les fringues toutes tâchées un camion file qui résonne encore - le tas de biftons d'une main à l'autre et rouler quelle excitation d'appuyer sur la pédale - et pourquoi ça nous tremble avance avance vieille carlingue - hier soir tempête Camping International no place for you my friend - à Timisoara la danse des bagnoles au rond-point le gyrophares bleu mou d'une ambulance ne tirez pas - l'aiguille du compteur 120 peut-être et dans les baffles je taille ma route ça chante encore qu'une bagnole blanche bleue blanche verte sirènes hurlantes sa chemise blanche est blanche est belle - la machina plein le capot la machina l'aiguille du compteur 120 peut-être pour doubler tu te mets au milieu les autres ils s'écartent en face t'inquiètes - filant le vent chaud fouette nos gueules.

03/02/2010 Vue remontée

la route tu n'y vois rien la nuit elle est tombée on devait arriver plus tôt et puis ils doivent attendre - et petites toutes les routes qu'on enfile affone et tu ne conduis rien - tu es assis à l'arrière la fenêtre ouverte parce que l'air et quand on roule sur les haricots - c'est comme ça ici - ça te secoue le bitume bien droit dans la nuit traverse les villages baraques toutes éteintes souvent l'air chaud - tu sais quand ça sent la poussière et que tu arrives la table est mise la charcut'rie cognac aux amandes - dans la nuit les chiens aboient les hommes parlent.

19/01/2010 Vue remontée

les premiers kilomètres après les passeports déjà tu te dis c'était quoi les vieux bâtiments rouillés le bitume défoncé - un drapeau dans le vent et la plaine écoute si tu redis toujours la plaine - ça te vient peut-être comme ça un asphalte vers Timisoara - les sabots des bêtes sur le bitume et le soleil qui là moite découpe les arbres sur le tableau de bord - les paquets de clopes sur le vieux plastique ils tremblent tous la carte est posée là sous le pare-brise - ça tremble à coup de bielle et jusque les corps.

16/12/2009 Vue remontée

tu es sur la plage à Mamaia et tu marches dans le sable un autre jour tu regardes une photo tu as un tirage noir et blanc dans ta main et c'est une mouette - une mouette dans le soleil autour les nuages c'est juste ça - la photo elle est plutôt jolie tu l'aimes bien tu la regardes souvent et tu te perds encore une fois tu ne sais plus tu ne sais jamais tu écris quoi tu écris quand et tu t'en fous à la fin merde - et tu l'écris pour en être sur - tu es sur la plage à Mamaia et tu regardes le soleil droit dans les yeux - tu transpires le vent est chaud c'est plein aout tu vas te foutre la gueule dans l'eau - ça n'a pas vraiment de sens ou bien tu ne sais pas quoi - à ce moment là - tu le sais - tu es là - tout à fait là.

15/12/2009 Vue remontée

dans la nuit après l'absinthe les flammes ça se passe au Roxy tu fais cracher ses billets au distributeur et la nuit continue - tu marches avec d'autres encore dans la nuit le pont Charles et les lampadaires le vent d'aout c'est comme neige non l'absinthe une calèche file qui claque sur les pavés tu marches et tu parles parles débite tout ce que tu - chut - faudrait peut-être un peu voir à la fermer non quand il souffle le vent sur les pavés du pont Charles non après tu marches plus personne ne dit non ne parle - le jour se lève et tu t'endors sur des sièges de bagnole vitre ouverte gueule.

14/12/2009 Vue remontée

une dizaine de grues immenses bleues jaunes au bord de la Mer Noire - les mouettes autour du minaret - le port là - le souffle de la ville.

08/12/2009 Vue du jour

celle que tous les jours avec les toutes bagnoles et parfois gyrophares les prix affichés tu pourrais noter chaque jour on verrait ça donne quoi - en grand au dessus quelque chose comme une marque dans d'autres pays c'est beaucoup plus clair exemple - rompetrol - celle où tu t'arrêtes route vers Prague les bagnoles vertes blanches la douane les chiottes néons blancs pas dormi depuis quand - une autre pas loin non plus celle-ci tu t'en souviens parce que le capot ouvert sur une photo noir et blanc le café fumant sur le toit un ou deux écrous rouillés sur le bitume - d'autres et ça te rendrait fou tu passerais une journée entière à te redire toutes les stations de tes routes tu ferais une longue suite de textes et tu dirais chaque station essence et tu écrirais l'histoire fabuleuse des routes immenses -

dans les montagnes à l'Est de Sarajevo sous la pluie tu arrêtes le van blanc la boue tout autour sur la carrosserie un homme sort qui pose le pistolet dans le réservoir et le vent souffle la pluie sur ta gueule usée - tu entends au loin un camion s'éloigner c'est assez lent faut pas s'imaginer non plus et puis alentour les herbes sèches quelques baraques la porte elle déclenche une sonnette une carte de crédit dans le sabot crac crac - deux fois tu démarres et roule - était-ce la même année tu ne sais pas tu ne sais rien tu sais seulement les terres entières que tu as parcourues les plaines jamais sans le gasoil de nos vies - alors fait pas chier à la fin merde et que ça avance la carlingue la route est bleue noire elle fume encore fraîche étalée le pistolet coule sur le bitume - tes pieds dans une flaque mon amour est un diesel sans nom - la poignée de biftons qu'il laisse au patron dans sa cotte rouge essaye un peu voir rouge cotte -

c'est une autre en Espagne un jour de pluie c'est le mois d'aout - tu remontes plein Nord et tu ne sais rien - le bus roule depuis Tanger file vers Amsterdam - tu descends sous la pluie tu paies un sandwich une bière - des gars prient qui s'agenouillent sous l'auvent - les bagnoles filent autour tu mets deux pièces dans un distributeur de cigarettes - tu as froid - tu as froid en Pologne station Oswicem tu paies le plein de gasoil et tu as froid - il pleut toutes les pluies combien de pluies sous des préaux néons blancs - les moteurs chauds l'essence les haut-parleurs des tubes épuisés - souvent le son des bagnoles elles croisent à côté -

ou encore des camions immenses sur un cliché c'est une photo numérique le pays imagine c'est la Jordanie les chiens aboient la caravane passe - et c'est pareil à l'intérieur et c'est pareil tu es assis sur les marches d'un chiotte le soleil derrière - ça s'éclate rouge orange et mange ton soda mon vieux - ce que tu n'as pas avalé depuis le matin les 45 degrés ça va non trois grands coups de klaxon et la semi-remorque s'amoncelle entière en tes mondes - au pied du pistolet à gasoil les gouttes un homme éteint sa clope sur le bitume souillé -

et sales toutes les aires d'autoroutes un jour tu te lèves tu prends ta voiture tu files seul vers le Nord tu roules tu roules tu assèches les nationales - tu t'imagines d'autres routes d'autres voitures d'autres époques et pourtant tu es là bien là à la station essence autoroute plein Nord plus haut Lille - des hommes ont sorti leurs tapis qui prient sur le bitume les papiers tous poussés par le vent gris l'appareil photo sur le tableau de bord tu déclenches - et la mise au point calée sur l'infini -

jusque la capitale - la capitale là-bas la route elle te pousse poussière alentours tu entends ils hurlent les chiens errants - deux néons blancs sous le préau et derrière le grillage ils aboient baves aussi sur le béton des tubes dans les baffles - quelques canettes de bières vides - jusque la capitale les chiens maigres sous leurs poils ras maigres les lampadaires autour -

blanche la lumière au carrefour proche l'Arena deux larges boulevards se croisent pendant qu'une station dort dans le noir - un chien traverse qui court droit - un autre est là qui contre une pile de pneus hurle dingue -

oui - et ça ne s'arrêterait plus nous aussi on hurlerait dingues sans cesse on braillerait - on braillerait - on braillerait tant imagine un peu et ça serait le temps de l'appuiement sur l'accélérateur - et on roulerait - on roulerait sans fin jusqu'à la prochaine station on filerait - on filerait dans la nuit on pousserait jusqu'à ce que les réservoirs s'affonnent hurlent tous comme nous les chiens -

devant la station essence à Tulcéa quand tu arrives depuis Constanta - une BMW bleue immatriculée DIP attend - suivez-là -

celle qu'à la frontière remontant le Monténégro tu t'arrêtes parce qu'il vomit ses tripes entières dans un sac plastique noir et la fatigue d'avoir épuisé nos corps tous raides - les planches en bois blanc sur les vitres les portes toutes condamnées les coups de klaxons autour -

les coups de klaxon dans la nuit au bord d'une route.





02/12/2009 Vue remontée

on pourrait se dire tu te dis c'est très sérieux ça manque d'humain là ce qui vit tu dis toujours corps corps corps ta gueule puisque - et quelle histoire tu racontes est-ce que ça vaut ça se dit même quelle histoire on raconte sinon la langue - la langue et les routes les langues de bitume à travers le continent et plus loin peut-être encore on pourrait s'envoyer quelle histoire - quelle plaine non non la gueule - je penses à eux qui là l'essentiel.

26/11/2009 Vue remontée

en plein la capitale les panneaux publicitaires tous alignés sur les toits les taxis jaunes les taxis bleus tu marches marches épuisé dans la ville - longue avenue fontaines et climatiseurs au firmament des immeubles - une bande de gamins défroque tous à la déchire de leur tee-shirt tu n'oses même pas quoi parler comment le dire - il a mis sa main dans une poche il dit money money il a les cheveux noir les yeux foncés peau bronzé peux pas te dire ce que ça te fait de lâcher une bouteille de coca à une bande de gamin sur l'avenue là-bas la Casa Populi après - tu montes dans la tire et tu files plus à l'Est encore.

24/11/2009 Vue remontée


imagine je sais pas on prendrait une voiture une voiture par exemple un bon gros diesel pour pas trop consommer non plus – et puis on filerait on partirait angers on prendrait l'autoroute paris direction paris t'arrive le ciel néons tu vois pas les étoiles tu roules – tu roules sur l'autoroute tu n'arrêtes pas le pied droit c'est le temps voilà le temps de l'appuiement sur l'accélérateur on y va on file on roule on roule tu continues plus à l'Est là direction Strasbourg – à Strasbourg faut couper un peu avant tu remontes en longeant la frontière tu passes le fleuve y'a plein de bagnoles c'est la route pour là-bas c'est ça tu connais cette route là – je sais pas moi je l'ai déjà faite plusieurs fois c'est la route pour l'Est pour l'Europe on file toujours par là plus au Nord parce que sinon l'autoroute faut payer à partir de l'Allemagne tu payes pas en Autriche y'a la vignette en Slovénie aussi mais si tu payes pas ça passe c'est pas comme ici alors tu vois tu passes une enseigne frontière y'a peut-être une ou deux bagnoles des douaniers là encore je sais pas – puis tu continues après tu suis München tu connais München t'étais où toi en Allemagne – ouais pas München les autoroutes en Allemagne ça file tu peux y'aller ça roule les grosses berlines elles te doublent à toute tu regardes ton compteur t'es déjà à 150 160 peut-être et puis parfois moins et ça continue après l'Autriche c'est que des tunnels – et certains vachement long genre 7 ou 8 kilomètres – l'effet que ça fait un tunnel déjà – noir noir noir jaunes les lampes toutes les unes après les autres et tu fonces plus au Sud maintenant direction la Slovénie les montagnes rappelle-toi les montagnes de l'Autriche le ciel gris un couvercle la frontière là aussi – et la route large c'est comme filer dans une vallée immense tu roules tu roules il fait nuit est-ce qu'on s'arrête on pourrait bien faire une pause on devrait allez allez on continue plein Est – droit devant l'horizon flou et alentour le maïs des champs de maïs à perte de vue du maïs nous on est là – dans la bagnole poussières tu vois c'est ça dust – dust generation – tout droit c'est la Croatie c'est écrit Zagreb c'est écrit Belgrade tout droit tu files files on pourrait couper tiens si on coupait on bifurque à Slavonski Brod – on descend plein sud Sarajevo les routes défoncées de Bosnie les vieux camtards les Yugos les panneaux publicitaires Zenica la ferraille et la rouille et Sarajevo on ne s'arrête jamais on file on file je veux voir le Kosovo maintenant qu'est-ce qu'elle a fait l'Europe ici hein – qu'est-ce que c'est l'Europe les immeubles éventrés tu les vois bien hein les immeubles les trous de balles tout partout tout sur les murs tu vois les baraques abandonnées crevées les toits brûlés ah c'est beau l'Europe dis-moi c'est beau – et qu'on file encore à Sarajevo plein Est direction vers la Serbie les montagnes le fleuve qu'on suit pendant des bornes – les caillous qu'on évite sur le bitume les frontières et les coups de tampon sur les passeports faut pas faire chier que ça roule je n'ai jamais non je n'ai jamais été plus loin je n'ai jamais vu le Kosovo jamais.

13/11/2009 Vue remontée

dans la Dacia rouge une Dacia cab c'est écrit cab – pick up avec la benne à l'arrière et les suspensions on sent bien – quelque chose de dur raide et rack rack sur les pistes entre mereni – et le village abandonné on roule tranquille vers les plaines et le soleil entier dans la poussière la route bifurque à gauche et c'est un chemin c'est une piste vers l'infini – le vent souffle la poussière et tout alentour s'embrume là-haut là-haut – dans ce qui reste de cervelle la poussière la poussière tu te dis dust dust dust et réunion à la croisée de deux sentiers immobiles – pendant qu'il dit sans chaman charogne alentour et blanche la poussière nous tous ici dust – dust generation au loin un tracteur tire sa pleine charge de paille pendant qu'une vieille femme caresse assise – son chien – la Dacia rouge attend recouverte jaune au nord deux poteaux de bois tiennent immobiles une cloche absente tu entends encore les volées immenses le vent soulève entier la terre une tempête ocre et sèche aligne rèches les corps épuisés – il n'y a rien – cinq maisons et une ruine restent encore s'écrasent dans le jaune et les herbes sèches – tu caresses un cheval – tu prends quelques photos – tu sens la poussière entière dans tes yeux – au loin l'horizon – c'est une colline ocre et sèche – et le vent plaque ton tee-shirt contre ta peau sueur.

12/11/2009 Vue remontée

une petite chambre déjà la pension c'est un hôtel quatre ou cinq étage - le dernier aménagé dans le grenier un petite chambre et ça va vient dans tout l'immeuble souvenir en rude - comme une pierre et mal taillée crac arrachée rock - qui vont viennent tous et tu as marché - tu as marché sur les pavés l'a fallu qu'une main - et pas n'importe quelle vienne te dire imagine tout ce qu'elle a pu te dire en venant se poser là - sur l'épaule sous un lampadaire avec la chaleur d'un mois d'aout en capitale roumaine - une petite chambre au troisième et dans un petit lit tu transpires - tu transpires et tu serres un corps contre toi - tu transpires et sur tes joues tu sens encore quelle douleur improbable - chez Elvis à Bucarest tout tes rêves ont disparu - au matin tremblant tu t'imagines disparaître.

10/11/2009 Vue remontée


fusent filent flou le monde imagine un peu – c'est une langue de bitume immense et grise parce que la pluie ça fuie même jusque dans la tire les fenêtres mal fermées dans cette – vieille et bleue – le moteur à toute raide alors imagine un peu – quand j'ai regardé l'aiguille du compteur – elle indiquait 160 – et la vitesse c'est quel monde rappelle-toi c'est quelle monde fuse et s'use entier ruse le pied droit sur la pédale pour avancer – la pluie s'abat claque plaque de toute sa fuite immense sous la grande voute et sur le pare-brise on voit quoi de nos rêves flous poussière poussière tous poussière dans la carlingue file à 160 sur l'autoroute entre Bucarest et Constanta tu ne vois qu'une chose tu vois mille choses – la pluie sur le pare-brise – les charrettes sur le bord – l'aiguille du compteur bloquée 160 – la grosse main poigne du conducteur tirant sur son clope infini – tu ne vois qu'une chose et tu vois mille choses – la plaine grise sous la pluie battue dans les baffles aux sombres héros et le silence de nos corps.

22/10/2009 Vue remontée

ici ça n'a pas de nom les immeubles autour quelques uns les vitres rouillées et verres fumés comme partout souvent dans le pays le moteur tourne encore - le temps d'un paquet de clope et une direction la marmaille est riante et se promène comment les tee-shirts troués leurs trognes quand le paquet de bonbons - et tous se jettent dessus et tous déchirent ça tombe sur le bitume dans une flaque ils filent en criant d'autres essaient d'entrer tu ne sais pas quoi - personne ne dit rien c'est le temps d'un paquet de clope chez le marchand une direction c'est plus à l'Est - filer vers les montagnes et puis rouler - ça te reste colle colle un paquet de gamins se déchirant autour d'une poignée de becs.

20/10/2009 Vue remontée

nous les errants comme respirant pour des premières fois ça reste dans l'oeil quand on s'approche - du côté du fleuve et toutes là j'l'entends des mots comme chaudière - et les mythes s'effilent fous comme nous là dans les rues de la ville sur le pavé courant parfois c'est ça courant lire une affiche un concert - et suant sur des terrasses de café et criant sifflant derrière les filles folles non fous - filant entre les tires entre les jambes et sautant les marches les coudes appuyés sur une pierre tu vois les toits de la ville jusque loin brouillard d'août et avides de plaines introuvables.

20/10/2009 Vue remontée

tu te rappelles Ginsberg tu te rappelles la traversée des Etats et tu cours dans les tunnels creusés par qui creusés par d'autres - d'autres là hurleurs parfois à d'autres époques et tu cours tu cours - cette nuit tu cours immobile sur le siège de la vieille tire Paris in the car - ceinture périphérique la capitale au volant le tabac des rêves le ciel néons publicitaires - pas d'étoiles alentour chacun sait pourtant quel monde il observe - dans le noir - et tu cours - tu cours immobile sur le siège de la vieille tire jusqu'à ce que le jour klanklanklang de bagnole usée on lève un capot sur une langue d'autoroute - sur le toit café fume on tire sur des clopes on se dit peu de choses on court court dans les tunnels immenses - le son rauque des grosses berlines allemandes - la station service - les glissières filant loin - touffes d'herbe - éparpillées.

09/10/2009 Vue remontée

un jour tu es sur un bateau sur le fleuve il n'y a qu'un fleuve dans tes terres explorées le Danube file d'un bout à l'autre - tu es sur un bateau non une barque une petite barque et d'autres autour pourquoi tu ne parles pas d'eux tiens pourquoi tu es sur une barque et tu regardes au loin tu regardes vers l'Est - tu sais qu'il y a d'autres fleuves à traverser d'autres plaines d'autres asphaltes - à l'Est.

09/10/2009 Vue remontée

combien de fois tu pourrais dire ça combien de fois pour le dire bien quelle question comment on raconte ça - ce que ça fait d'être dans la carlingue et filer plus à l'Est ce que ça fait l'autoroute slovène l'autoroute croate l'autoroute serbe ce que ça fait l'air qui s'engouffre dans la voiture la fumée de cigarette - la couleur du ciel pas vraiment bleu et au loin toujours flou noyé dans les champs de maïs les baraques toutes en briques démentes les vieux camtards les Yugos agonisant sur l'asphalte - et ce que tu ferais pour être sur l'autoroute entre Zagreb et Belgrade ce que tu ferais pour rouler comme à la poursuite de quoi d'une vision ce que tu ferais pour une vision sur la route de l'Est. 


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09/10/2009 Vue remontée

cette nuit Belgrade c'est quoi on ne comprend rien à Belgrade on affonne quelques bières dans le centre Belgrade tu as vu les chiens errants aux carrefours de Belgrade - tu as vu les immeubles effondrés de Belgrade et tu n'as rien compris tu as roulé vers la banlieue de Belgrade et tu as erré dans ta tire tu as croisé des convois de grosses berlines tu as vu les herbes hautes aux abords des casernes militaires - tu as fait cuire une boite de conserve au bord de la route sur le bitume le bitume tu as bu du vin rouge dans des gobelets en plastique et tu l'as vu partir - tu l'as vu partir dingue dans le noir tu l'as vu marcher dans un fossé tu l'as vu éclairer son asphalte à l'aide d'une grosse lampe on/off - dans la nuit tu l'as vu passer filant à travers les rues tu l'as suivi dans la carlingue et tu as jeté une tente ici - tu es allongé dans le noir épuisé dans l'herbe il est à côté il dort tu entends un train - un train passe sur les rails un peu plus loin ça te tremble la nuit remue jusqu'ici.

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08/10/2009 Vue remontée

gueule de n'avoir pas dormi et puis les nerfs comment dire - d'avaler de nouvelles routes on se passe la carte - voir où on en est à quel endroit exactement et déjà - elles se déchirent les feuilles ne tiennent pas qu'importe on allume des cigarettes on roule vitre ouverte on a descendu l'Autriche gris sous la pluie on a traversé cette ville sans nom les camtards les longues remorques à l'arrêt devant des auberges et la chaleur on suit les panneaux vers Slovenja on roule on roule vitres ouvertes - puis la forêt on parle beaucoup dans la vieille tire on parle sans cesse on ne dit pas grand chose on parle et le moteur chauffe tu sens l'odeur on dirait de l'huile chaude cette côte vers la frontière - les virages tous serrés et nombreux les tous tellement qu'on allume le chauffage c'est un vieux truc on allume le chauffage le moteur refroidit puis les lampadaires jaunes d'un poste de frontière - comme ça nous tremble là d'avoir roulé et les plaines immenses qu'on découvre à peine les plaines immenses et poussières nous là devant un magasin de tabac fermé la voiture en roue libre jusqu'au premier troquet.

07/10/2009 Vue remontée

un peu plus au Nord déjà on a passé Brasov et tu as croisé ce vieux camion - un peu plus au Nord et près de midi dans cette ville ça ne se dit pas le bitume la poussière - le ciel tout à fait gris non gris rose - c'est quoi les cheminées là-bas tu files à travers les vieilles tires au pied de l'immeuble une bande de gamins court un ballon le cuir est déchiré il roule sur la terre - au bout derrière le but un camion-benne rouille crevé la route elle fait ce virage - c'est comme tourner vers d'autres planètes et dans la tire on dit tous on a faim on s'arrête dans un quelque chose de routier les frites les saucisses le coca la bière on avale ça et on passe un pont on file plus au Nord encore l'asphalte à peine assez large - c'est comme nos corps qu'on traîne nos carcasse qu'on tire là-bas c'est comme nos épaules qui ne portent rien c'est comme dans un roman américain - en filant vers le Nord tu voudrais qu'il parle encore.


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06/10/2009 Vue présente

à Constanta sur le port de Constanta tu marches sur le bitume du port de Constanta et tu regardes la mer - dans les baffles une voix de femme une guitare elle joue une ballade quelque chose d'assez doux mais tout de même - tu regardes la mer et ça te vient tranquille comme une vague un peu plus forte et l'eau monte lèche le béton atteint la digue ça te mouille un peu - tu monterais dans un rafiot qu'importe rouge vert celui-là avec la rouille sur les flancs tu monterais sur un rafiot et quelqu'un monterait le son et puis électrique la guitare électrique encore quelque chose d'électronique aussi - sur le pont du bateau tu regardes les mouettes le soleil là à travers les nuages sous tes pieds tu sens vibrations le moteur qu'on pousse de plus en plus vite bientôt les embruns et la côte s'éloigne - c'est tellement fort la musique et lascive une voix s'étire tu ne sais plus est-ce que tu pleures est-ce que tu ries tu ne sais plus rien et tu pars - à Constanta sur le port de Constanta tu marches sur le bitume du port de Constanta et tu regardes la mer - tu serres un ami dans tes bras tu le serres fort ce jour-là tu sais lui dire tu l'aimes à Constanta sur le port de Constanta sur le bitume du port de Constanta.

06/10/2009 Vue remontée

un matin peut-être matin d'une autre vie sais plus - le soleil tôt sur la tente à peine posée et l'odeur des sapins c'est une forêt aussi tu files vers le torrent et nu dans l'eau tu frottes ta peau avec un savon d'Alep nu dans l'eau froide tu te laves dans un bois de Slovénie - qu'est-ce qui passe d'essentiel dans la flotte de ce torrent dont le nom n'existe pas dans cette histoire. 
 
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06/10/2009 Vue remontée

dans ce qu'il y a de ville sur la côte tout à l'Est tu roules marches à travers les rues immmeubles tous immeubles bruns jaunes avec les vitres rouillées - grand tubes parcourant les artères depuis les centrales autour et du haut du minaret quelle mosquée quelle muezzin vient chanter ici - entre tes mains tu as un haut-parleur à l'Ouest la ville jusque dans le flou à l'Est le port une longue suite de grues les unes après les autres - nul navire à l'horizon sinon le vent le vent de la Mer Noire nulle vision à l'horizon sinon le flou - le flou de la Mer Noire.

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29/09/2009 Vue remontée

dans un lac d'huile - non - pas comme ça d'abord c'était la petite route - c'est la petite rouge un bitume bitume et parfois poussière la piste qui allait vers le village on savait là quelque chose comme des lacs salés - on nous a dit plus bas c'est pas là dans une autre langue dans une autre langue il portait - c'est une autre histoire et tu files à travers d'autres histoires il portait de la paille sur un pont de bois t'imagines il portait de la paille sur un pont de bois un pont de singe en bois et sa femme était derrière qui le suivait - près d'un champs de maïs en bas la montagne où les lacs salés - et l'eau elle est noire verte et salée ça te reste sur la peau tu te souviendras tu n'oublieras pas la piscine d'eau salée là-bas le poulet c'est un magasin il a devanture de quoi il vend quoi - des cuisses de poulet et des anchois en boîte que tu fais griller la nuit en sirotant de la palinka en imaginant encore d'autres Neal sur d'autres routes qui s'en vont tard dans le noir discuter avec la lune discuter là-bas - tu dis ça très mal parfois tu dis ça très bien clair d'autres - la piscine d'eau salée - le soleil - le poulet dans les frigos - les Dacias à l'arrêt dans l'herbe - la fumée d'un feu de camp - la fumée d'un feu de camp.

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29/09/2009 Vue remontée

ça te reste comme quelque chose de flou pourtant ce jour-là - tu files sur d'autres routes les frégates rouillées de la marine roumaine agonisent dans un coin de flotte - entre deux tas de terre des rails s'amenuisent qui vont soufflés par le vent - le vent de la mer Noire encore contre ta gueule dans la Dacia blanche au coin des rues - ça sent le miçi ça sent le miçi et tu marches dans le sable immonde tu marches dans l'eau magnifique au loin une carcasse immense s'effondre échouée tu cours dans l'eau et les vagues t'écrasent tout contre le sable t'en as plein le froc et tu prends une mouette en photo ça te reste comme quelque chose de flou pourtant ce jour-là tu es là tu es bien là - cette nuit tu as bu de la Beck's sous la pluie cette nuit tu as vu le jour se lever sur la plaine roumaine.

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21/09/2009 Vue remontée

sur le pare-chocs les gouttes toutes parfois tas entiers de terre c'est la boue dans les montagnes du centre de la Roumanie on a - arrêté la voiture au bord quand enfin le bitume après cette quarantaine de kilomètres ou bien quarante dans la boue piste - on peut dire de la piste et on s'imagine les larges plaines de quelque pays lointain - le moteur est chaud du capot bleu une fumée elle s'échappe quand le frais la pluie s'écoule dessus lente - une vieille tire de temps à autre un camion immense et monstre tire des troncs d'arbres tu respire loin tu respire profond sous tes yeux - large et long le lac Vidra bleu dans le vert vert des montagnes - tu as faim tu as froid tu as la fatigue aussi dans tout le corps et tu es là - vraiment - là.

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01/07/2009 Vue remontée

après la ville on est tous là comme usé des bornes et d'avoir atteint le pays aussi - la nuit est tombée et les phares ou pas nombreuses les charrettes aussi - quand tu les doubles tu entends les sabots sur le bitume et tu avales encore les bornes jusque ce village - quel est son nom - les Dacias attendent au bord de la route et les humains là regardent la caravane passe au loin les chiens errants ils n'aboient pas ils couinent les chiens errants ils ont peur et quand tu éteints le moteur tu entends dans la nuit encore - les sabots sur le bitume.

20/06/2009 Vue remontée

sur l'autoroute c'était où entre Ljubjana et Zagreb ou bien plus loin encore peut-être du côté de Belgrade même – les pompes jaunes les leviers jaunes qui montent descendent sans arrêt montent descendent et lèvent ce qu'on pourrait imaginer comme un pétrole – autour les tâches parfois presqu'une mare noire et la tuyauterie énorme tu files à fond de cinq vers l'Est et ça te reste ça te colle à l'oeil et tu ne cherches plus savoir pourquoi.

04/06/2009 Vue du jour

la connexion live et permanente c'est comme effacer les kilomètres de bitume entre un bureau avec y dessus un terminal de saisie - et là tu files en numérique toute une histoire de gris bleu bitume bitume à vue dans le fog smog brouillard total keskya mon vieux - on est loin d'avoir perdu notre langue allez petit avance allez petit avance - et en rêve bleu puisque tout est bleu tu parcours les Carpates à pied.

06/05/2009 Vue du jour

un semi-remorque rouge avec en blanc dessus c'est écrit ou bien aussi les willy betz – j'en connais qui rêvent devant un camtard willy betz jaune la bâche est jaune et c'est écrit bleu dessus – à Strasbourg on se réveillait sueur fraîche et la gueule de n'avoir pas dormi toute la nuit sur les autoroutes filant dans le noir blanc jaune rouge une nuit bitume – et dans une mue moite il tire sur sa clope à six heures du matin – un semi-remorque rouge avec en blanc dessus c'est écrit la vie la vie.

06/04/2009

à l'entrée d'une grande ville avec les lumières rouges orange tu connais ça - le bitume des larges autoroutes avec quelques usines désaffectées immeubles éventrés bombardement - quelque chose dans le genre avec là au carrefour les chiens errants tous allant qui comme toi.

16/12/2008

ça revient comme bête aux abois – et de longs cris dans la nuit lampadaire – au carrefour ils étaient trois les chiens qui allaient dans le noir orange un fourgon file dans le loin et derrière le grillage ils sont d'autres – ils sont pleins – peur – le mot peur.