08/12/2009 Vue du jour

celle que tous les jours avec les toutes bagnoles et parfois gyrophares les prix affichés tu pourrais noter chaque jour on verrait ça donne quoi - en grand au dessus quelque chose comme une marque dans d'autres pays c'est beaucoup plus clair exemple - rompetrol - celle où tu t'arrêtes route vers Prague les bagnoles vertes blanches la douane les chiottes néons blancs pas dormi depuis quand - une autre pas loin non plus celle-ci tu t'en souviens parce que le capot ouvert sur une photo noir et blanc le café fumant sur le toit un ou deux écrous rouillés sur le bitume - d'autres et ça te rendrait fou tu passerais une journée entière à te redire toutes les stations de tes routes tu ferais une longue suite de textes et tu dirais chaque station essence et tu écrirais l'histoire fabuleuse des routes immenses -

dans les montagnes à l'Est de Sarajevo sous la pluie tu arrêtes le van blanc la boue tout autour sur la carrosserie un homme sort qui pose le pistolet dans le réservoir et le vent souffle la pluie sur ta gueule usée - tu entends au loin un camion s'éloigner c'est assez lent faut pas s'imaginer non plus et puis alentour les herbes sèches quelques baraques la porte elle déclenche une sonnette une carte de crédit dans le sabot crac crac - deux fois tu démarres et roule - était-ce la même année tu ne sais pas tu ne sais rien tu sais seulement les terres entières que tu as parcourues les plaines jamais sans le gasoil de nos vies - alors fait pas chier à la fin merde et que ça avance la carlingue la route est bleue noire elle fume encore fraîche étalée le pistolet coule sur le bitume - tes pieds dans une flaque mon amour est un diesel sans nom - la poignée de biftons qu'il laisse au patron dans sa cotte rouge essaye un peu voir rouge cotte -

c'est une autre en Espagne un jour de pluie c'est le mois d'aout - tu remontes plein Nord et tu ne sais rien - le bus roule depuis Tanger file vers Amsterdam - tu descends sous la pluie tu paies un sandwich une bière - des gars prient qui s'agenouillent sous l'auvent - les bagnoles filent autour tu mets deux pièces dans un distributeur de cigarettes - tu as froid - tu as froid en Pologne station Oswicem tu paies le plein de gasoil et tu as froid - il pleut toutes les pluies combien de pluies sous des préaux néons blancs - les moteurs chauds l'essence les haut-parleurs des tubes épuisés - souvent le son des bagnoles elles croisent à côté -

ou encore des camions immenses sur un cliché c'est une photo numérique le pays imagine c'est la Jordanie les chiens aboient la caravane passe - et c'est pareil à l'intérieur et c'est pareil tu es assis sur les marches d'un chiotte le soleil derrière - ça s'éclate rouge orange et mange ton soda mon vieux - ce que tu n'as pas avalé depuis le matin les 45 degrés ça va non trois grands coups de klaxon et la semi-remorque s'amoncelle entière en tes mondes - au pied du pistolet à gasoil les gouttes un homme éteint sa clope sur le bitume souillé -

et sales toutes les aires d'autoroutes un jour tu te lèves tu prends ta voiture tu files seul vers le Nord tu roules tu roules tu assèches les nationales - tu t'imagines d'autres routes d'autres voitures d'autres époques et pourtant tu es là bien là à la station essence autoroute plein Nord plus haut Lille - des hommes ont sorti leurs tapis qui prient sur le bitume les papiers tous poussés par le vent gris l'appareil photo sur le tableau de bord tu déclenches - et la mise au point calée sur l'infini -

jusque la capitale - la capitale là-bas la route elle te pousse poussière alentours tu entends ils hurlent les chiens errants - deux néons blancs sous le préau et derrière le grillage ils aboient baves aussi sur le béton des tubes dans les baffles - quelques canettes de bières vides - jusque la capitale les chiens maigres sous leurs poils ras maigres les lampadaires autour -

blanche la lumière au carrefour proche l'Arena deux larges boulevards se croisent pendant qu'une station dort dans le noir - un chien traverse qui court droit - un autre est là qui contre une pile de pneus hurle dingue -

oui - et ça ne s'arrêterait plus nous aussi on hurlerait dingues sans cesse on braillerait - on braillerait - on braillerait tant imagine un peu et ça serait le temps de l'appuiement sur l'accélérateur - et on roulerait - on roulerait sans fin jusqu'à la prochaine station on filerait - on filerait dans la nuit on pousserait jusqu'à ce que les réservoirs s'affonnent hurlent tous comme nous les chiens -

devant la station essence à Tulcéa quand tu arrives depuis Constanta - une BMW bleue immatriculée DIP attend - suivez-là -

celle qu'à la frontière remontant le Monténégro tu t'arrêtes parce qu'il vomit ses tripes entières dans un sac plastique noir et la fatigue d'avoir épuisé nos corps tous raides - les planches en bois blanc sur les vitres les portes toutes condamnées les coups de klaxons autour -

les coups de klaxon dans la nuit au bord d'une route.





12/09/2009 Vue remontée

à l'Est de ce pays - tu le rêves aujourd'hui tu le rêves un pays comme celui-ci et tu l'as arpenté déjà et tu le rêves encore - tu le rêves toujours - tu es sur un bateau tu vas plus à l'Est encore c'est un fleuve on pourrait écrire tout un poème tu as parcouru des milliers de kilomètres il est toujours là tu vas plus à l'Est encore et le soleil brûle ta peau tu es torse-nu sur le pont d'un bateau les vieilles barques rouillées les larges barges chargées de leur sable elles poussent toutes des mondes entiers une Dacia sur une barge ça te suffit comme vision magnifique ce jour-là et le bateau file et le fleuve et toi - c'est une autre histoire.

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26/07/2009 Vue remontée

tu as toujours dit les chiens errants de Bucarest tu as toujours dit ça comme d'autres aussi les chiens errants et tu ne t'es jamais dit comme un chien hurlant sur un trottoir de Bucarest – tu n'as jamais raconté ce soir d'été tu n'as jamais dit les bières et les larmes dans une rue de Bucarest tout proche de la pension Elvis tu n'as jamais dit les femmes nues d'une boîte immonde tu n'as jamais dit la vodka la tristesse cette profonde tristesse tu ne l'as jamais dit – comment tu es sorti seul sur le bitume encore humide comment tu as pleuré contre une poubelle et le coup de pied que tu lui as donné comment d'autres riaient alentour et comme tu avais peur et comme tu avais mal et comme tu voulais rire toi aussi et comme tu te sentais seul – tu n'as jamais dit comme tu hurlais dans les rues de Bucarest et ce que tu as préféré dormir comme mourir.

17/07/2009 Vue remontée

c'est une photo noir et blanc et le tirage vraiment mauvais ça laisse comme un gris de nuage dans l'ensemble une jeune femme et robe - je sais qu'elle est jaune - monte un champ c'est pareil - je sais qu'il est vert - et la nuit tombe sur la montée du campement lors que la nuit vient sous l'auvent avec les quelques bouts de ce qu'on mange parler tard ne change plus rien à ce que vivre te laisse de réalité.

05/07/2009 Vue remontée

tu ne te souviens plus ça ne revient pas toujours et puis les carnets tu les as remplis oui et ça s'échappe tout de même c'est quelque - non quelques mots oui d'un souffle nu mu aussi vazy mon vieux enfin ta mue la voilà langue langue langue - quand t'arrives près de Sibiu dans la campagne autour tu roules le van file sur le bitume sur la piste dans le miroir du rétroviseur la poussière se lève imagine un peu - avec un coucher de soleil entre les montagnes un pont de pierre et dessus toutes là les chèvres poussées par les chiens un homme aussi et les Dacias - à travers les bêtes au loin là près de l'eau quelle vue une rivière et l'herbe s'écoule doucement vers elle - des voitures des charrettes aussi des feux de camp la fumée monte lentement - tu vas dans le van à travers les ruelles les vieilles femmes contre les murs les gars attablés assis sur un bout de paille et tu ne sais rien de ce village sans nom - de cette route vers les montagnes et le coucher de soleil tu ne sais rien des longues chevauchés déclamatoires et de la poésie de la poésie tu ne sais rien - tu prends des photos tu remplis ton carnet - et tu te perds dans le réel - tu te perds - tu te perds de vue.

03/07/2009 Vue remontée

sur le flanc la montagne et le soleil sur le pare-brise les reflets tu te souviens du soleil et des grandes étendues blanches sèches jaunes plutôt jaune - et la paille en botte levée à la fourche une vieille femme est là qui marche sur le bord du bitume les charrettes ou la vallée plus bas la route sinueuse - les virages virelots va vont dans la voiture le van tu es là silencieux comme un quoi à noter tes croquis de mots oublieux mon vieux de temps à autre vivre ça se bouscule sur les graviers à l'Ouest des Carpates - tu te répètes certains autres Kerouac et Romanès le ciel là le ciel rien que le ciel - tout petit dans ton van sous la grande voûte et chaud - l'herbe sèche comme les plaines arides de tes rêves.

29/06/2009 Vue remontée

la route tu t'en souviens très bien elle est droite et nids de poule sans arrêt le soleil il se là à l'Ouest c'est assez facile comprendre qu'après toutes ses bornes plein Est - on file maintenant vers le Nord et dans ce village on s'arrête à nouveau c'est toujours pareil - la gran'route au milieu qui va bitume cassé de soleil et les maisons le long - larges trottoirs avec le fossé aussi immense là devant son portail il vend des fruits nous tous à la terrasse d'un troquet des bières les grandes chopes bien fraîches et pour quelques centimes - les gamins ils jouent là qui restent souriant toujours avec leur gueule et un vieil ordinateur au bout du comptoir pour envoyer les nouvelles - puis c'est tout droit vers Timisoara les cadavres il paraît c'était là - t'étais pas né - et dans la nuit les phares des Dacias tournent aux carrefours.

26/06/2009 Vue remontée

quant tu passes la frontière au nord en remontant depuis Belgrade vers Timisoara tu reconnais le paysage c'est la deuxième fois que tu passes ici et tu prends plaisir à reconnaître - tu vois la grande plaine c'est une plaine quelque chose d'une plaine - avec le soleil là bas loin dans un flou de poussière un tracteur file qui tire sa remorque dans le jaune - la route est seule et droite vers le point de contrôle le bitume est frais long - ça roule ça file et ça ne fait pas de bruit en toi ça ne bouge pas ça respire tranquillement tu as ces moments là aussi - et puis ça file ça s'embarque dans la carcasse c'est le temps de l'apuiement sur l'accélérateur tu n'as jamais inventé ça l'appuiement sur l'accélérateur qui a dit ça si tu pouvais non de l'autre côté - c'est la Roumanie un cheval file qui reste noir et flou dans l'oeil.

21/06/2009 Vue remontée

fouillant dans les vieux carnets ça remonte croquis appris d'un autre – vallées sans connaître son nom alors que le soleil encore donne et les sapins – rouges oranges vieillard titubant portant quelques outils en bois un champs dans les Carpates – vieille dame ridée assise trottoir main tendue – la ruelle canettes de bières bouteilles toits orange une vieille ampoule lampadaire les tuiles quelques unes amochées – clocher d'église se disputant les sommets en arrière plan des immeubles jusque dans le flou – Sibiu – quelques mendiants enfants courant après des pigeons place centrale lâchés célèstes grande église orthodoxe j'entre échaffaudage géant soutenant l'ensemble un lustre de quelques centaines de kilos – pouilleux dans des restos luxueux un mariage en bas on se tape une pizza récupérer – la pluie tombe orage et zébras dans le ciel roumain.

21/06/2009 Vue remontée

Vulkanizar en pleine montagne serbe alentour les ouvriers sont là qui creusent un tunnel – perçent la roche carrière de vieux bulldozers rouillés et des villes qu'on touche à peine traversant seulement coup d'œil toits tuiles rouges rien de plus – cheminées géantes des industries là un vieille Yugo nous double lâche sa poussière de bitume campagne maisons jamais tout à fait terminées centre de Serbie vieilles bagnoles errants dans les champs – quelques charrettes là des chevaux assoiffés stands bâche bleue – pastèques pour quelques centimes des montagnes de ballons verts dépotoirs sacs poubelles gré du vent ligne de chemin de fer la locomotive à côté – elle respire et toi aussi de l'entendre lui poussant sa propre machine s'en est ainsi de vivre – et bien d'être poussé de kilomètre en kilomètre.

21/06/2009 Vue remontée

tu as déjà traversé la Serbie mais tu n'as jamais compris tu as toujours roulé pour aller plus à l'Est ce jour-là tu quittais Mokra Gora – et tu filais vers la Roumanie – tu traversais les montagnes de l'Ouest du pays – les grandes étendues de sapins les virelots tous les uns derrières les autres et la fatigue un peu dans les corps dans le Van – les panneaux étaient en cyrillique et tu allais droit comme si tu connaissais la route – à Belgrade tu traversais la ville en peu de temps et tu filais encore encore – quoi de Belgrade quoi sinon les grands boulevards le béton les bâtiments immsenses qui servent à quoi – les mendiants aux feux rouges la quatre voies qui traversent la ville les trous de balles ici encore les immeubles à demi effondrés on te dira un an plus tard rappelle-toi les bombardements oui – tu ne savais rien des Balkans tu ne savais rien tu avalais les kilomètres et l'essentiel était là qui saute aux yeux tu ne sais rien – montagne de pastèques et nuage noir le Van accélère et traverse la ville on était là tous neuf dans le Van et qui parlaient parlaient parfois non ne s'écoutaient.

21/06/2009 Vue remontée

tu as déjà traversé la Serbie mais tu n'as jamais compris tu as toujours roulé pour aller plus à l'Est ce jour-là tu quittais Mokra Gora – et tu filais vers la Roumanie – tu traversais les montagnes de l'Ouest du pays – les grandes étendues de sapins les virelots tous les uns derrières les autres et la fatigue un peu dans les corps dans le Van – les panneaux étaient en cyrillique et tu allais droit comme si tu connaissais la route – à Belgrade tu traversais la ville en peu de temps et tu filais encore encore – quoi de Belgrade quoi sinon les grands boulevards le béton les bâtiments immsenses qui servent à quoi – les mendiants aux feux rouges la quatre voies qui traversent la ville les trous de balles ici encore les immeubles à demi effondrés on te dira un an plus tard rappelle-toi les bombardements oui – tu ne savais rien des Balkans tu ne savais rien tu avalais les kilomètres et l'essentiel était là qui saute aux yeux tu ne sais rien – montagne de pastèques et nuage noir le Van accélère et traverse la ville on était là tous neuf dans le Van et qui parlaient parlaient parfois non ne s'écoutaient.

20/06/2009 Vue remontée

à Mokra Gora c'est Mokra Gora qu'on voulait voir ce jour-là non – c'est plus loin Kustendorf ou bien un autre nom encore – on mangeait sur une colline on buvait des bières on buvait du vin on regardait le soleil là sur les collines à la frontière côté Serbie – on allait errer entre les arbres entre les pruniers on ne faisait pas l'amour dans les montagnes près de Kustendorf je marchais avec elle jusque le village on se donnait la main on allait entre les maisons isolées entre les ramsseurs de prunes ils disaient – schnaps juste ce mot schnaps et on allait on ne faisait pas l'amour et pourtant – on allait s'envoyer en l'air dans le train là on faisait des huits dans la montagne quel est son nom – on buveait des bières on chantait on s'épuisait dans une voiture sur rail – une carcasse bleue montée sur des rouges de wagons on dansait sur les rails on dansait sur les quais de gares on dansait sur les wagons – on allait finir nos verres dans la locomotive on tirait le klaxon on s'accrochait au rambardes on matait l'horizon jaune vert et la vallée alentour – on faisait des huits tout alentour et dans nos corps aussi – on faisait des huits on tournait on tournait – quels convois étaient passés là sur ses rails ou dans cette vallée quels régiments et quels jeunes mariés – quels fêtards et quels assoiffés quel écrivain quel paysan tranquille – quel monde se jouait là dans le grand vert des montagnes de Mokra Gora.

20/06/2009 Vue remontée

à Mokra Gora c'est Mokra Gora qu'on voulait voir ce jour-là non – c'est plus loin Kustendorf ou bien un autre nom encore – on mangeait sur une colline on buvait des bières on buvait du vin on regardait le soleil là sur les collines à la frontière côté Serbie – on allait errer entre les arbres entre les pruniers on ne faisait pas l'amour dans les montagnes près de Kustendorf je marchais avec elle jusque le village on se donnait la main on allait entre les maisons isolées entre les ramsseurs de prunes ils disaient – schnaps juste ce mot schnaps et on allait on ne faisait pas l'amour et pourtant – on allait s'envoyer en l'air dans le train là on faisait des huits dans la montagne quel est son nom – on buveait des bières on chantait on s'épuisait dans une voiture sur rail – une carcasse bleue montée sur des rouges de wagons on dansait sur les rails on dansait sur les quais de gares on dansait sur les wagons – on allait finir nos verres dans la locomotive on tirait le klaxon on s'accrochait au rambardes on matait l'horizon jaune vert et la vallée alentour – on faisait des huits tout alentour et dans nos corps aussi – on faisait des huits on tournait on tournait – quels convois étaient passés là sur ses rails ou dans cette vallée quels régiments et quels jeunes mariés – quels fêtards et quels assoiffés quel écrivain quel paysan tranquille – quel monde se jouait là dans le grand vert des montagnes de Mokra Gora.

20/06/2009 Vue remontée

sur ce cliché involontaire du 253 d'une avenue de Sarajevo – on voit deux fenêtres et les murs autour on peut compter trente-cinq impacts de balles béants et une dizaine d'impacts plus importants comblés de béton – le crépi est tombé ça fait un rectangle d'environ deux mètres cinquante sur un mètre – je me trompe peut-être le nombre d'impacts on peut sans doute dire plus les gouttes d'eau sur la vitre du Van elles bouchent certains coin de l'image- je ne me souviens pas vraiment – c'était à Sarajevo – sur un des boulevards périphériques – il y avait aussi la façade d'un musée taguée criblée et dans le centre de la ville tu t'arrêtais tu regardais des vieillards jouer sur un plateau d'échecs géants – ils marchaient sur les cases et leurs pions touchaient les genoux – oui c'est comme des fragments et ça te remonte par vagues le bitume que tu as parcouru.

20/06/2009 Vue remontée

à Zenica tu arrives tu longes la voie ferrée tu vois les montagnes alentour Zenica c'est au milieu dans la vallée et le Van file sur le bitume alors qu'autour – le fer rouillé des usines de Zenica tu ne sais pas Mittal Steel tu ne sais rien – et les cheminées sont plusieurs d'abord grises grinçantes dans le ciel et rouge blanc ensuite – échappée de la rouille derrière les wagons à l'arrêt tout est rouille ici au Nord de Zenica au bord de la rivière – le Van file vers le centre et tes yeux ils restent là fixant la rouille les cheminées comme pour en voir l'essentiel et les tours de la ville peu à peu bouchent tu te retrouves poussière dans ta Volskwagen – tu roules au pied du béton.

20/06/2009 Vue remontée

à Zenica tu arrives tu longes la voie ferrée tu vois les montagnes alentour Zenica c'est au milieu dans la vallée et le Van file sur le bitume alors qu'autour – le fer rouillé des usines de Zenica tu ne sais pas Mittal Steel tu ne sais rien – et les cheminées sont plusieurs d'abord grises grinçantes dans le ciel et rouge blanc ensuite – échappée de la rouille derrière les wagons à l'arrêt tout est rouille ici au Nord de Zenica au bord de la rivière – le Van file vers le centre et tes yeux ils restent là fixant la rouille les cheminées comme pour en voir l'essentiel et les tours de la ville peu à peu bouchent tu te retrouves poussière dans ta Volskwagen – tu roules au pied du béton.

18/06/2009 Vue remontée

j'en ai plein dans la tête – mais dire précisément non comment tu veux dire ça précisément t'en as vu tellement déjà dans le Nord – juste après la frontière c'est pas vraiment un désert mais toutes là à demi effondrées et comme des fantômes parce que souvent il reste le toit – une porte c'est vraiment rare qu'il reste une porte mais ça arrive – alors dans les photos j'en ai retrouvé trois – seulement trois à travers toutes les baraques défoncées qu'on a vu – ça reste dans l'oeil quelque chose comme ça c'est comme un fer à marquer les bêtes et c'est seulement d'imaginer l'humain là – entre les parpaings entre les tuiles – celle-ci elle est au bout d'un chemin – grise à travers le gris du ciel alentour les arbres la nature ça vient se nicher dans les coins de cauchemars – ça ne s'arrête pas devant les massacres ça reprend le dessus – deux arbres devant les parpaings bouchant les fenêtres – le dernier étage non les murs ça reste un semblant de ruine – mais l'ensemble a bien tenu – ça ne sert à rien – imaginer ce qui eut lieu – parce que forcément– avec des impacts de balles comme ceux-là – et puis le Van file vers l'Est le cliché ça a duré quelques secondes – flou.

18/06/2009 Vue remontée

au Caffe grill Kode Jaska Dobrave oui il faisait gris ce jour-là on arrivait en Bosnie et on avait faim on avait faim – on se garait sur un bout de terre et les voitures passaient toutes qui arrivaient de Croatie on était là – sur un bord de route à manger des bouts de viandes et des frites et puis on buvait de la bière et puis on était bien – se souvenir comme ça d'une bouteille de vin offerte au bar du Caffe Grill d'un échange c'était quelque chose plein de fraternité et qu'une pastèque là-bas coûte trois euros pour un touriste – qu'on repart avec une autre bouteille et c'est du vin bosniaque – que sur les murs en face du Caffe Grill il y a des impacts de balles et des tags dans une langue que tu ne connais pas – que la bière ne coûte pas cher et que c'est un bon coin – après la frontière Gradiska – oui c'était bien à Gradiska – et en face un vieillard vendait des légumes devant son vieux camion jaune passé.

18/06/2009 Vue remontée

un panneau levé dans le gris du ciel avec le rouge autour et les lettres noires elles disent douane carina c'est un panneau rouge et circulaire et des impacts dessus nombreux les impacts t'imagine le jour où – quel bruit ça pouvait faire sur le métal enfin ce n'était pas non plus de grosses douilles non mais tout de même – et puis en dessous 750 mètres avant la frontière c'est écrit autour c'est un champ de mines tu vois les petites pancartes rouges avec une tête de mort dessus ils sont plantés souvent un peu de travers c'est fait assez vite et puis on longe des fils rouges ils délimitent certaines zones parfois – un engin est là qui à demi rouillé sert à déminer – au loin tu vois le portique bleu vers la Bosnie deux camions te bouchent la vue et sur la vitre – le reflet l'intérieur du Van.

17/06/2009 Vue remontée

Mittal Steel tout le jour ça te reste la rouille dans l'usine de Zenica et sur la route tu files vers le Sud vers Sarajevo et tu roules - tu longes la Bosna les mosquées les panneaux rouges danger mines tu roules tu roules tu pousses la machine le corps et la machine jusqu'à ce que la fatigue et la faim - à Visoko ça sonne bien Visoko c'est beau et on mange et on boit et on parle et la nuit tard on débarque dans un camp de nomade les gosses tout autour ils se jettent sur la bagnole le chef il faut toujours parler au chef il dit vous pouvez vous mettre là - mais la nuit c'est un monde étrange on file ailleurs au bords de la rivière on pose deux tentes et on boit et on regarde les montagnes les pyramides de Visoko la poitrine énorme qui se découpe dans la nuit - à Visoko certains repartent avec nos papiers avec l'appareil photo et on erre sous la pluie le matin on erre on erre - je n'ai jamais arpenté Visoko je n'ai pas marché dans les ruelles du marché je ne suis pas entré de le commissariat j'ai attendu sur les marches d'un hôtel sous un toit de tôle - j'ai mangé des sandwichs affreux à Visoko j'ai cuvé mon vin à Visoko j'ai écouté la pluie tomber sur le toit du Van je voulais partir seul dans le camion - je voulais rouler seul et longtemps longtemps longtemps la direction c'était pas important - il pleuvait à Visoko et tu pensais encore à la rouille de Zenica - c'est ton corps c'est ton cœur qui étaient rouillés - et la pluie coulait sur ta peau.

17/06/2009 Vue remontée

non Sarajevo c'est un mot déjà le mot déjà ça dit tellement et ça cache tellement enfin nous à notre âge ce qu'on en sait - parle pour toi mon vieux - oui j'entrais dans Sarajevo on lâchait le Van et on allait marcher on traversait la Miljaca la Miljaca c'est la flotte la rivière elle est là - et pas bien profonde marron la flotte et on allait marcher on allait vers le centre on allait vers l'ambassade on marchait dans les ruelles dans les parcs publiques et tu ne savais rien tu ne savais rien des impacts des immeubles inhabités des façades effondrés tu ne savais rien - rien des belles baraques des commerces des Bureks de la vieille ville - des toits de tuiles toi tu allais tranquille tu marchais tu ne faisais aucune photo - on t'avais volé ton appareil et dans ton carnet tu notais tu notais sans cesse Sarajevo déjà c'est un mot déjà le mot il dit tellement - les camions filent qui transportent des légumes - les vieillards jouent sans bruit aux échecs - dans les échoppes la bouffe elle grille sur les murs les impacts et tu es là - accoudé à un pont sur la Miljaca - tu regardes un tas de bouteilles d'eau accrochées à une pierre - tu es à Sarajevo.

15/06/2009 Vue remontée

une langue de bitume longue et sinueuse ça commence dans une vallée puis quelques montagnes avant de redescendre vers la capitale - deux voies deux voies de bitume usé troué et les bagnoles toutes là vers la capitale - les baraques défoncées les 4x4 de l'ONU et la ville qui s'étend dans le Van ils sont tous là qui dorment et tu entres seul à Sarajevo tu files sur les boulevards tu te guides à peine entre les grandes avenues tu doubles les vieilles Yugos tu traverses la fumée noire des vieux camions chargés tu roules - immeuble éventré et série d'impacts sur les murs les façades toutes noires de gaz d'échappement tu roules vers le vieux centre tu roules dans Sarajevo tu as dans la tête - toutes les bornes toutes les routes déjà usées dans le Nord du pays - et tu roules et tu ne sais rien.

14/06/2009 Vue remontée

rien rien rien tu ne savais rien tu ne pensais à rien sur les routes de Bosnie tu traversais le Nord du pays dans un flux gris dingue et dans les baffles un groupe de rock français poussait la machine comme on pousse un corps usé - alors alors il reste quoi c'est quoi c'est la brique rouge des maisons égarées dans la campagne c'est les impacts de balles dans les murs les crépis défoncés les engins militaires abandonnés à travers les arbres la route sinueuse le bitume trempé le ciel infime particule sous la grande voûte - la route vers Zenica la rivière Bosna les rails la M17 la E73 les mosquées pointues les toits rouges briques la route la route le bitume au détour d'une colline l'usine Mittal de Zenica Mittal Steel et la carcasse énorme rouille d'une usine tentacule à Zenica au bord de la rivière Bosna et dans le centre ville - les armes sont interdites aux abords des banques les vieilles Volskwagen agonisent le long des trottoirs les chars stationnent aux carrefours les tours filent vers le gris les cheminées rouges blanches Mittal Steel un train siffle qui file vers sa nuit - le Van erre entre les tours grises ponctuées de blanc - les paraboles des banlieues de Zenica.

14/06/2009 Vue remontée

et filer après la frontière le brouillard il est partout jusque dans nos corps en silence ses grosses mains sur le volant il a une de ces poignes et il serre fort - il tire sur son clope et on avale les bornes on traverse le pays vers l'Est Sarajevo faudra bien rouler - villages à demi endormis une ou deux silhouettes humaines traversent au bout d'une rue qui portent un seau une fourche - rue principale pleine de Yugos rouillées flaques de boues larges et profondes un camion file qui crache un nuage noir un chargement sur le dos c'est où - c'est où on file c'est où on va dans le Van avec un silence immense et gris les baraques sur le bord de route - abandonnées vides et trouées - éventrées parfois toutes là mangées par la nature à nouveau là - tags sur les murs comme dessins le plus souvent tu ne comprends rien - tu n'as rien compris sur les routes de Bosnie tu n'as rien compris et tu filais toujours tu ne t'arrêtais pas tu roulais - autour du bitume des fils rouges tous tirés bien quadrillant alignent les zones minées et le Van file dans le silence de ses quatre cylindres.

14/06/2009 Vue remontée

dans le Van oui Jack Kerouac ça parlait Jack Kerouac et là dans le flot de route je voulais seulement les dernières pages les meilleures pages de Sur la route ce sont peut-être les dernières - la dernière phrase même de Sur la route - on arrive à la frontière Gradiska oui c'est à Gradiska finalement on prend Gradiska on tourne plus tôt on ne va pas filer sur l'autoroute jusque Slavonski le temps c'est gris - filer vers la Bosnie ça monte ça monte c'est quelque chose ça ne se dit pas quand on trace qu'on arrache le bitume on disait ça le Van avec son gros moteur diesel il arrache le bitume et la moteur ça fait un bruit ça crache - et le corps énervé d'aller filer sur l'horizon la longue file de tires au poste de douane quelques coups de tampon entre les immeubles tous là troués de balles - éventrés la pluie quelques gouttes d'abord puis de plus en plus sur les routes du Nord de la Bosnie Herzégovine.

11/06/2009 Vue remontée

après Zagreb la route c'est la quatre voies pour Belgrade oui alors large on file dans une vallée - ça remonte que deux ans avant déjà avec la vieille tire on filait là fenêtres ouvertes faisait chaud et puis la vallée faut dire - collines de chaque côté et puis le maïs tout alentour au loin toujours un quelque chose de brouillard c'est comme filer vers un flou d'horizon voilà et les baraques jamais terminées toutes en travaux immenses et rouges rouges rouges toutes en briques - qui conduit le Van non plus vraiment savoir sur la quatre voies les souvenirs flous aussi dans un drôle de brouillard aussi - et puis avides les corps on sort à Gradiska pour la frontière la frontière oui on avant le pont sur la Sava les bagnoles dans un cul à cul tranquille on sort on joue au foot sur le bitumebitume et les gyrophares bleus tranquilles au loin les baraques toutes éventrées trouées de balles on avance on avance il lit du Jack Kerouac à voix haute.

10/06/2009 Vue présente 6

le lendemain il faisait grand beau le soleil sur Visegrad et tu ne conduisais plus tu ne voulais plus conduire - tu allais errer dans la ville pendant que d'autres s'occupaient de quelques paperasses tu allais t'accouder au pont sur la Drina oui tu ne savais rien - tu ne te doutais de rien et Visegrad t'as paru une ville douce et paisible terriblement douce et paisible tu ne te doutais de rien - assis sur le rebord du pont sur la Drina - tu écoutais l'eau couler en bas tu entendais une voiture s'éloigner sur la route pour Sarejevo - il faisait chaud et tu serrais une femme dans tes bras.

10/06/2009 Vue présente 5

la nuit tombait sur le poste serbe et tu ne passeras pas la frontière cette nuit-là tu iras seul dans le bureau du chef il te sortira des cartes il t'indiquera d'autres villes pour y dormir il te dira non non non - et tu bouillais tu bouillais dingue sur la chaise du bureau du chef du poste de frontière et il tendait les passeports il disait pas aujourd'hui il manque des papiers il manque quoi tu montais déjà dans le Van et tu appuyais sur l'accélérateur tu roulais toujours tu fonçais vers Visegrad tu ne savais rien - tu allais dormir à Visegrad et il pleuvait toujours il pleuvait toujours.

10/06/2009 Vue présente 4

et tu roulais toujours tu voulais voir la frontière les dernières montagnes tu voulais rouler rouler c'était comme frénétique il fallait rouler que voulais-tu oublier dis-moi tu ne sais pas - tu longeais la Drina tu filais toujours plus vite sur les bords de la Drina parfois tu prenais une photo en conduisant et tu tirais sur un clope ça ne coutait rien - les montagnes toutes pleines de leurs sapins tombaient doucement vers la Drina et parfois une falaise et puis au détour d'un virage c'était Visegrad - tu voyais au loin la ville tu as traversé Visegrad tu as filé plus loin encore dans la montagne la route plus petite encore toujours plus petite vers l'Est vers la frontière le jour tombait et tu roulais toujours les maisons de moins en moins et puis souvent éventrées détruites et puis la frontière les bosniaques et cette zone c'était quelque chose comme quoi un no man's land - tu rêves mon vieux aventurieux peuh non non non les dernières lueurs du jour au poste de frontière bosniaque.

10/06/2009 Vue présente 3

aujourd'hui c'est gris encore c'est le même vent dis peut-être que c'est le même vent qui souffle sur tes vieux mondes et tes fantômes - ils filent filent à chaque jour ils s'amènent plus encore - tu sens encore la texture du volant sous tes mains et tu parcours à nouveau la route bleue sur des cartes numériques - tu regardes chaque photo comme pour vérifier et tu reconnais certains virages certaines montagnes ce tunnel - ça reste dans l'oeil longtemps certaine fois la vie ça reste à toujours et le réel ça colle aux doigts ça te reste le volant les poèmes que tu n'as jamais écrit - et tu filais vers Visegrad vers l'Est et la Drina - tu n'as jamais lu Un Pont sur la Drina tu as roulé jusque Visegrad tu as traversé les tunnels les nombreux les tunnels et tu accélérais toujours plus fort à chaque sortie de virage tu entendais les crissements le moteur certains ils disaient c'est pas la peine de rouler si vite.

10/06/2009 Vue présente 2

tu roulais mon vieux tu roulais et tu filais vers les montagnes Romanija ça s'étendait loin - au volant de ton Van tu t'imaginais dans une steppe une large steppe aride - les grands plateaux de Romanija et les baraques défoncées la pluie la route bleue c'est la E761 - tu roulais sur le E761 et tu tirais sur un clope les virages tous et plein - sinueuses la E761 tu n'y connais rien tu ne veux rien savoir tu ne te doutais pas qu'il y a dix ans non tu ne pensais à rien - tu roulais et tu parlais peu tu ne disais pas grande chose sur la E761 tu faisais le plein dans une vieille station essence et on passait trois fois ta carte bleue dans un vieux sabot rouillé mais tu roulais toujours - tu voulais être en Serbie le soir tu voulais filer filer - tu ne te doutais pas absolument pas.

10/06/2009 Vue présente 1

mon pauvre vieux tu n'as rien vu sur la route bleue tu n'as rien vu tu es sorti de Sarajevo il faisait gris il pleuvait - mon pauvre vieux tu venais d'errer dans la vieille ville et tu avais quelque chose là comme une boule de nerf et tu roulais tu roulais au volant du Van tu avais un Van un vrai Van Volskwagen pas trop vieux - avec un gros moteur TDI qui crachait sur la route vers l'Est tu appuyais sur la pédale de droite et tu sortais de la ville - derrière toi les gyrophares bleus verts tu ne sais plus bleus verts il disait de s'arrêter mais tu n'as rien payé - tu roulais tu voulais rouler et tu ne savais rien tu ne voulais rien savoir tu filais vers le brouillard un fog épais et une chape de pluie s'écoulait sur ta gueule la veille la nuit on t'avait volé ton réflex on t'avait volé tes papiers mais tu roulais tu roulais.

27/03/2009

on filait à travers l'Europe et là les immeubles noirs bruns - le soleil à demi sur cette vallée et les camtards eufor etc. - ce qui est arrivé est là - dans les impacts de balles sur les murs - rien comprendre.

24/12/2008

le bitume s'étale jusque dans le loin – ça ne s'arrête pas déjà depuis un mois ça roule ça roule – et l'enrobé qu'on gobe à coup de gomme michelin – le temps continue qui endort les passagers – ils sont tous là qui rêvent certainement les huit dans le camion ils sont tous là – elle vient poser sa tête lentement et l'aiguille du compteur monte à son rythme – l'air s'engouffre dans l'habitacle par ta fenêtre ouverte – le moteur ronronne qui arrache sa carcasse – elle s'endort et c'était la dernière – tu es seul et tu traverse l'Allemagne – rien ne parle sinon le bitume.