02/11/2010 Vue remontée

avec des trous dans l'objectif et deux femmes en noir elles marchent le long d'un mur tu passes devant tous les jours c'est écrit dessus les lettres arabes en bleu bombe sur le jaune le bitume est usé il fait chaud Ramallah 2010 tu appuies sur le déclencheur au soleil.

13/10/2010 Vue remontée

les gouttes sur la vitre - on voit que ça les gouttes sur la vitre c'est une bagnole et un autre monde le ciel est gris soleil un coucher de juin derrière la pluie tu te souviens c'était y'a quelques mois tu l'emmenais c'était pour l'avion - sur la photo le papier photo tu l'as dans la main et cette sensation tu te rappelles comme le volant dans la main et son œil concentré le bruit du déclencheur tout ça - le temps que t'as pris pour te taire entier - les tas d'mots là qui demandent plus qu'à.

26/07/2010 Vue présente

les chiens errants tu as vu les chiens errants de Bucarest tu as vu les chiens errants de Belgrade rappelle-toi les chiens errants de Belgrade les chiens errants dans les banlieues chaudes les chiens errants de Sarajevo le ciel gris les chiens errants au large de Timisoara – les chiens errants dans les montagnes du Monténégro les chiens errants du Delta le Danube les chiens errants au bord d'une route dans les Carpates les chiens errants sous les sapins la Pologne – les chiens errants du Grizzli de Slovénie les chiens errants sur le bitume de la Turquie rappelle-toi vieux les chiens errants du Maroc quand le soleil et la poussière – les chiens errants de tes poèmes tous vieux dingues les chiens errants des supporters de la poussière les chiens errants les chiens errants – les chiens errants ils aboient dans le soleil couchant le long du mur – à Ramallah tes pieds dans le sable et le béton.

03/05/2010 Vue remontée

qui München Ljubljana Zagreb Belgrade égrènent – chapelet mantra nuitamment chanté essoufflés soufflant – fumée de clope entre champs de maïs et buildings avec horizon brume et notre langue d'autoroute bitume

03/05/2010 Vue remontée

qui cherchent cherchent les zerrants s'imaginent quel réel quelle eau fine l'essence – et rêvent rêvent mes zerrants libres pour quelques temps pour quelques temps

03/05/2010 Vue remontée

qui vont gyrophares bleus verts dans les rétroviseurs – et se rêvent cow-boys cow-boys sous une fine pluie les montagnes zautrichiennes gueulant qu'ils grinçants – mes fantômes – libres sous le grand ciel gris – libres sous le grand ciel gris

03/05/2010 Vue remontée

qui traversent les néons publicitaires bercés par quelles étoiles absentes et klanklanklang de bagnole usée – et se réveillent côte Est capot ouvert café fumant sur leurs entrailles tripes

26/04/2010 Vue remontée

qui quadrillent l'Europe et récitent La Traversée des Etats au volant le diesel – le raffut que ça fait entre les bielles entre nos corps tout une nuit se déchire au prix du gasoil et nous – on y verra – rien

26/04/2010 Vue remontée

qui affamés assoiffés affonés épuisés des trottoirs de l'Europe voyageurs éblouis béats – affamés assoiffés sur les rond-points les parkings bivouaquent

26/04/2010 Vue remontée

qui clefs de contacts ils enchaînent mes fantômes les milliers de kilomètres dans le brouillard brouillard – et les plaines immenses ça fait peur un continent d'Ouest en Est et vice versa poussières

26/04/2010 Vue remontée

qui Lindberghs dans le bleu nuit ou mécanos d'occasion passagers du diesel – fumée de clope dans l'habitacle – vieille tire des particules noires – en suspension – sur les routes de l'Est et bitume bitume

17/03/2010 Vue remontée

le cul dans l'herbe et encore suant à tirer sur un clope - la pleine côte dans les jambes qu'on a raides un peu - le lac en bas gros comme rien et ta tête tourne tangue trace à l'abri l'orage en pleine gueule - comme on a tremblé - comme on a ri.

12/03/2010 Vue remontée

qui tous fantômes alors donc au volant des carlingues qu'ils nous filent lointains - carina stop et ne se diront plus rien - alors ils tirent sur leurs clopes en silence.

12/03/2010 Vue remontée

qui là devant le Meded le Meded ont tous marché - épuisés matent affonés ivres des montagnes à côté le feu encore feu les ardents - ce qu'ils ont vu là-haut les corps chauds rappelle toi assis sur le col - la tempête.

11/03/2010 Vue remontée

l'aiguille du compteur 120 peut-être et le bitume parfois encore frais la station essence - liquide tout par terre le pistolet dans la main pour remplir - ras-la-gueule et l'odeur encore qu'on a mis de la sciure autour trois gars sont assis là qui discutent les fringues toutes tâchées un camion file qui résonne encore - le tas de biftons d'une main à l'autre et rouler quelle excitation d'appuyer sur la pédale - et pourquoi ça nous tremble avance avance vieille carlingue - hier soir tempête Camping International no place for you my friend - à Timisoara la danse des bagnoles au rond-point le gyrophares bleu mou d'une ambulance ne tirez pas - l'aiguille du compteur 120 peut-être et dans les baffles je taille ma route ça chante encore qu'une bagnole blanche bleue blanche verte sirènes hurlantes sa chemise blanche est blanche est belle - la machina plein le capot la machina l'aiguille du compteur 120 peut-être pour doubler tu te mets au milieu les autres ils s'écartent en face t'inquiètes - filant le vent chaud fouette nos gueules.

08/03/2010 Vue remontée


à Istanbul déjà le froid t'imagines pas comme à 25 ou 30 degré il faisait froid sans doute aussi à l'intérieur ta tête toute poussière - sur le boulevard quel nom pouvait-il avoir les bus pour Téhéran à 25 dollars le trajet - tu traverses un marché tu files vers la mer et tu fumes des clopes en regardant l'horizon en regardant les bateaux tu fumes des clopes en discutant - ton vieux pote qui là sur les mêmes pierres regarde le même soleil combien de temps ça te restera là - les routes qu'on a usées dingue - le temps qu'a passé -le temps qu'a passé là - à cinq heures du matin quelque chose comme ça tu embarques et le soleil à travers les hublots tes oreilles se bouchent écrasées pression - le bruit sourd des réacteurs les réacteurs - ta gueule à l'escale dans les chiottes de l'aéroport Genève - ta gueule usée raide et tu ne sais plus - uppercut dans ta gueule jusque dans le RER en silence - assis à côté de ton vieux pote ton sac entre les jambes béton de Paris nos langues toutes éteintes - à la gare je me souviens on s'est serré dans les bras on s'est dit à bientôt quelque chose dans le genre on n'a pas pleuré parce que bon tu vois c'était pas comme ça on était ailleurs en fait on était ailleurs - après tu as erré deux heures devant des TGV et après ce qu'il s'est passé comment dire - ça ne se dit pas silence comme tes oreilles bouchées pendant plusieurs jours - dans la voiture celle qui rentrait à la maison tu aurais pu tout casser tu aurais pu parler pendant des heures tu aurais pu pleurer tu étais heureux - oh ce n'était pas le retour du guerrier aventurier nan nan nan - plus d'une fois tu as chié dans ton froc plus d'une fois après ça continue la vie la vie ça continue - la poussière il en reste encore dans ton sac à dos ce qui a remué là n'en finit pas de trembler ton corps.

15/02/2010 Vue remontée

photographies à la webcam avec le mac sur la tablette - TGV Angers/Lyon - 13/02/2010










08/02/2010 Vue remontée

Qui matin allongés usés les trompettes toute une nuit et dans le jour déjà levé – trois coups de canon la terre tremble les corps avec trois coups de canon puis les trompettes – qui les yeux demi-ouverts n'y croient plus pas trois coups de canon jelen pivo.

(travail en cours pour la revue chos'e)

03/02/2010 Vue remontée

la route tu n'y vois rien la nuit elle est tombée on devait arriver plus tôt et puis ils doivent attendre - et petites toutes les routes qu'on enfile affone et tu ne conduis rien - tu es assis à l'arrière la fenêtre ouverte parce que l'air et quand on roule sur les haricots - c'est comme ça ici - ça te secoue le bitume bien droit dans la nuit traverse les villages baraques toutes éteintes souvent l'air chaud - tu sais quand ça sent la poussière et que tu arrives la table est mise la charcut'rie cognac aux amandes - dans la nuit les chiens aboient les hommes parlent.

02/03/2010 Vue remontée

ce qu'en pleine gueule t'as fallu combien de bornes pour t'écraser tout contre le bitume à 45°C suant puant - que ça te vienne enfin vrai de vrai tremblé de corps à corps avec le réel - que tu tiennes là dans ta main l'essentiel de vivre - que tu pleures dans un téléphone et personne au bout pour entendre et encore - tu n'as jamais rien à dire tu ne dis jamais rien tu ne dis jamais rien - du minaret le muezzin - de la rue les moteurs - allongé sur le lit le ventilateur.

30/01/2010 Vue remontée

après Slavonski Brod et la rouille et le pont de Sava les panneaux publicitaires dessus c'est a demi déchiré – les vélos sur le bitume les cuves à pétrole la raffinerie la rouille encore et les cheminés vers le ciel – shop win go les pubs et les baraques à travers les arbres – de la brique et du ciment parfois noirs là où le feu – des dalles de béton des impacts de balles aujourd'hui tout est là – un vieillard marche sur le bord de la route son costume marron son chapeau – qu'est-ce que ça te dit d'aller comme ça à travers d'autres mondes qui ont vibré fous – quelles histoires te racontes-tu quelles vérités là pour te faire aller plus loin dans ce que tu as de routes impraticables.

29/01/2010 Vue remontée

nul chien pas un tu as parcouru les plaines et poussières ça te vient de là poussière - et peut-être plus avant encore au bord d'une route au Nord de Fès - dans une plaine abandonnée à l'Est de Bucarest - ça te vient de loin toutes plaines et sans doute bien avant dans la bagnole que le père il conduisait - et nul chien - z'aboient pas à 45°C et toi tu marches seul dans la rue nous tous les errants on hurle à la mort nul chien z'aboient pas à 45°C pourtant tu pleures comme un chien maigre - tu longes les murs ivre chavire chien chancelant chaman brahman - du haut d'un immeuble - le vent dans la gueule tu brailles silencieux -

27/01/2010 Vue remontée

ce que tu as là devant c'est un fusil mitrailleur tu en penses quoi d'un fusil mitrailleur tu n'avais jamais rien pensé d'un fusil mitrailleur puisque tu ne vois pas - le plus souvent tu ne vois pas de fusil mitrailleur et puis un jour tu en vois un et puis un autre et tous plein il y en a même - ils sont là tout proche un homme il te parle et dans sa main il tient un fusil mitrailleur tu ne comprends pas vraiment qu'on puisse être là avec un fusil mitrailleur - ça te reste là dans l'œil un fusil mitrailleur et ça grince encore à l'intérieur ça ne tremble pas non - tu n'as jamais entendu de fusil mitrailleur.

19/01/2010 Vue remontée

les premiers kilomètres après les passeports déjà tu te dis c'était quoi les vieux bâtiments rouillés le bitume défoncé - un drapeau dans le vent et la plaine écoute si tu redis toujours la plaine - ça te vient peut-être comme ça un asphalte vers Timisoara - les sabots des bêtes sur le bitume et le soleil qui là moite découpe les arbres sur le tableau de bord - les paquets de clopes sur le vieux plastique ils tremblent tous la carte est posée là sous le pare-brise - ça tremble à coup de bielle et jusque les corps.

13/01/2010 Vue remontée

coucher de soleil comme c'est nul tu vas me dire un coucher de soleil mais aujourd'hui d'accord - tu es assis sur une pierre au dessus Chefchaouen en arrivant à l'arrière d'une caisse rouillée on a mis la tente et fumer des cigarettes dans le vent - tu me diras quoi en bas les baraques toutes blanches bleues ce qu'on se dit ce jour-là - quoi - le soulève la poussière - tajine de ciel orange - c'est ça tajine de ciel orange - quand on est des gosses on ne sait pas quoi la vie ça file.

08/01/2010 Vue remontée

bétons les bagnoles toutes aussi taxis les pneus crissent sous le toit de béton trois étages de béton au-dessus large et raide comme pour tenir à des - missiles ou quoi tu as le poids de quoi sur les épaules alors dis c'est quoi ton prix pour traverser une frontière et quelques postes militaires - dans une cabane immonde tu vas chancelant vomissant non presque et la merde collée sur les parois - les mouches s'envolent qui traversent des mers dans tes rêves mon vieux - quand la bagnole est pleine tu montes avec cinq inconnus et le gros V8 démarre - en regardant le port de Beyrouth tu souris.

02/01/2010 Vue remontée

tu ne comprend rien tu ne veux pas entendre - tu as roulé 1500 kilomètres tu as dormi sur des sièges de bagnole tu entends la pluie sur la pergola - l'eau en dessous c'est une terrasse et les bières sont là toutes vides - tu as rempli ton carnet de notes et le ciel est gris - là tu t'es souvent dit tu te rappelles on pourrait l'appeler Neal mais c'est faux depuis le début tu sais bien que c'est faux - et toi tu n'es pas - alors vous parlez vous parlez sans rien entendre sinon la pluie sinon le torrent en dessous - un journal radio en slovène - ce que vous dîtes là les mots c'est quelque chose de l'amour - pourtant quoi l'a bute entier ce qu'on se dit là - et tu sors dingue dans la rue les pavés sous tes pieds.

16/12/2009 Vue remontée

tu es sur la plage à Mamaia et tu marches dans le sable un autre jour tu regardes une photo tu as un tirage noir et blanc dans ta main et c'est une mouette - une mouette dans le soleil autour les nuages c'est juste ça - la photo elle est plutôt jolie tu l'aimes bien tu la regardes souvent et tu te perds encore une fois tu ne sais plus tu ne sais jamais tu écris quoi tu écris quand et tu t'en fous à la fin merde - et tu l'écris pour en être sur - tu es sur la plage à Mamaia et tu regardes le soleil droit dans les yeux - tu transpires le vent est chaud c'est plein aout tu vas te foutre la gueule dans l'eau - ça n'a pas vraiment de sens ou bien tu ne sais pas quoi - à ce moment là - tu le sais - tu es là - tout à fait là.

15/12/2009 Vue remontée

dans la nuit après l'absinthe les flammes ça se passe au Roxy tu fais cracher ses billets au distributeur et la nuit continue - tu marches avec d'autres encore dans la nuit le pont Charles et les lampadaires le vent d'aout c'est comme neige non l'absinthe une calèche file qui claque sur les pavés tu marches et tu parles parles débite tout ce que tu - chut - faudrait peut-être un peu voir à la fermer non quand il souffle le vent sur les pavés du pont Charles non après tu marches plus personne ne dit non ne parle - le jour se lève et tu t'endors sur des sièges de bagnole vitre ouverte gueule.

14/12/2009 Vue remontée

une dizaine de grues immenses bleues jaunes au bord de la Mer Noire - les mouettes autour du minaret - le port là - le souffle de la ville.

09/12/2009 Vue remontée


08/12/2009 Vue du jour

celle que tous les jours avec les toutes bagnoles et parfois gyrophares les prix affichés tu pourrais noter chaque jour on verrait ça donne quoi - en grand au dessus quelque chose comme une marque dans d'autres pays c'est beaucoup plus clair exemple - rompetrol - celle où tu t'arrêtes route vers Prague les bagnoles vertes blanches la douane les chiottes néons blancs pas dormi depuis quand - une autre pas loin non plus celle-ci tu t'en souviens parce que le capot ouvert sur une photo noir et blanc le café fumant sur le toit un ou deux écrous rouillés sur le bitume - d'autres et ça te rendrait fou tu passerais une journée entière à te redire toutes les stations de tes routes tu ferais une longue suite de textes et tu dirais chaque station essence et tu écrirais l'histoire fabuleuse des routes immenses -

dans les montagnes à l'Est de Sarajevo sous la pluie tu arrêtes le van blanc la boue tout autour sur la carrosserie un homme sort qui pose le pistolet dans le réservoir et le vent souffle la pluie sur ta gueule usée - tu entends au loin un camion s'éloigner c'est assez lent faut pas s'imaginer non plus et puis alentour les herbes sèches quelques baraques la porte elle déclenche une sonnette une carte de crédit dans le sabot crac crac - deux fois tu démarres et roule - était-ce la même année tu ne sais pas tu ne sais rien tu sais seulement les terres entières que tu as parcourues les plaines jamais sans le gasoil de nos vies - alors fait pas chier à la fin merde et que ça avance la carlingue la route est bleue noire elle fume encore fraîche étalée le pistolet coule sur le bitume - tes pieds dans une flaque mon amour est un diesel sans nom - la poignée de biftons qu'il laisse au patron dans sa cotte rouge essaye un peu voir rouge cotte -

c'est une autre en Espagne un jour de pluie c'est le mois d'aout - tu remontes plein Nord et tu ne sais rien - le bus roule depuis Tanger file vers Amsterdam - tu descends sous la pluie tu paies un sandwich une bière - des gars prient qui s'agenouillent sous l'auvent - les bagnoles filent autour tu mets deux pièces dans un distributeur de cigarettes - tu as froid - tu as froid en Pologne station Oswicem tu paies le plein de gasoil et tu as froid - il pleut toutes les pluies combien de pluies sous des préaux néons blancs - les moteurs chauds l'essence les haut-parleurs des tubes épuisés - souvent le son des bagnoles elles croisent à côté -

ou encore des camions immenses sur un cliché c'est une photo numérique le pays imagine c'est la Jordanie les chiens aboient la caravane passe - et c'est pareil à l'intérieur et c'est pareil tu es assis sur les marches d'un chiotte le soleil derrière - ça s'éclate rouge orange et mange ton soda mon vieux - ce que tu n'as pas avalé depuis le matin les 45 degrés ça va non trois grands coups de klaxon et la semi-remorque s'amoncelle entière en tes mondes - au pied du pistolet à gasoil les gouttes un homme éteint sa clope sur le bitume souillé -

et sales toutes les aires d'autoroutes un jour tu te lèves tu prends ta voiture tu files seul vers le Nord tu roules tu roules tu assèches les nationales - tu t'imagines d'autres routes d'autres voitures d'autres époques et pourtant tu es là bien là à la station essence autoroute plein Nord plus haut Lille - des hommes ont sorti leurs tapis qui prient sur le bitume les papiers tous poussés par le vent gris l'appareil photo sur le tableau de bord tu déclenches - et la mise au point calée sur l'infini -

jusque la capitale - la capitale là-bas la route elle te pousse poussière alentours tu entends ils hurlent les chiens errants - deux néons blancs sous le préau et derrière le grillage ils aboient baves aussi sur le béton des tubes dans les baffles - quelques canettes de bières vides - jusque la capitale les chiens maigres sous leurs poils ras maigres les lampadaires autour -

blanche la lumière au carrefour proche l'Arena deux larges boulevards se croisent pendant qu'une station dort dans le noir - un chien traverse qui court droit - un autre est là qui contre une pile de pneus hurle dingue -

oui - et ça ne s'arrêterait plus nous aussi on hurlerait dingues sans cesse on braillerait - on braillerait - on braillerait tant imagine un peu et ça serait le temps de l'appuiement sur l'accélérateur - et on roulerait - on roulerait sans fin jusqu'à la prochaine station on filerait - on filerait dans la nuit on pousserait jusqu'à ce que les réservoirs s'affonnent hurlent tous comme nous les chiens -

devant la station essence à Tulcéa quand tu arrives depuis Constanta - une BMW bleue immatriculée DIP attend - suivez-là -

celle qu'à la frontière remontant le Monténégro tu t'arrêtes parce qu'il vomit ses tripes entières dans un sac plastique noir et la fatigue d'avoir épuisé nos corps tous raides - les planches en bois blanc sur les vitres les portes toutes condamnées les coups de klaxons autour -

les coups de klaxon dans la nuit au bord d'une route.





06/12/2009 Vue remontée

comment dire très exactement tout à fait ce qui a lieu comment dire vraiment - la pluie sur un pare brise les essuie-glaces et les phares tous rouges à perte - et ce que ça dit du réel.

02/12/2009 Vue remontée

on pourrait se dire tu te dis c'est très sérieux ça manque d'humain là ce qui vit tu dis toujours corps corps corps ta gueule puisque - et quelle histoire tu racontes est-ce que ça vaut ça se dit même quelle histoire on raconte sinon la langue - la langue et les routes les langues de bitume à travers le continent et plus loin peut-être encore on pourrait s'envoyer quelle histoire - quelle plaine non non la gueule - je penses à eux qui là l'essentiel.

29/11/2009 Vue remontée

les embruns sur la gueule - le narguilé - là le soleil pleine face - un avion passe lentement qui atterrit plus au sud - le soleil pleine face à l'ouest - la mer les embruns sur la gueule - ça ne vient pas et ce qui reste - les deux chars d'assauts derrière - tu restes allongé sur la plage.

26/11/2009 Vue remontée

en plein la capitale les panneaux publicitaires tous alignés sur les toits les taxis jaunes les taxis bleus tu marches marches épuisé dans la ville - longue avenue fontaines et climatiseurs au firmament des immeubles - une bande de gamins défroque tous à la déchire de leur tee-shirt tu n'oses même pas quoi parler comment le dire - il a mis sa main dans une poche il dit money money il a les cheveux noir les yeux foncés peau bronzé peux pas te dire ce que ça te fait de lâcher une bouteille de coca à une bande de gamin sur l'avenue là-bas la Casa Populi après - tu montes dans la tire et tu files plus à l'Est encore.

25/11/2009 Vue remontée

rien – trop – les bus tous qui crachent noir dans le bleu les 45°C – l'asphalte chaud tes pieds – la sueur – les mobylettes toutes en troupeau les taxis meutes – ton sac dans un coffre – entassé sur les boulevards les yeux – ça te reste dans l'œil – nuage gasoil.

25/11/2009 Vue remontée


déjà le bus avant d'Istanbul à Antakya avec les – combien – ça doit être vingt heures le bus et chaud dedans tu arrives à la gare routière à peine descendu le bitume chaud les mégots de clope tous les papiers ça souffle le vent chaud le sud – le sud et ta langue ta langue tu l'as oublié sur quel continent quand ici les biftons tous dollars dans sa main tu changes pour passer la frontière à peine déjà – un autre bus faudrait se mettre dans les oreilles quelque chose comme de la guitare rêche et rude un oud électrifié celui qu'on transporte depuis Paris jusque là-bas tu verras tu verras – déjà la poussière sur les sièges quand tu t'appuies dessus et tu sens sur les montagnes autour tous les gardes qui dans leurs guérites et barbelés – long convois de bagnoles épuisées les barbelés – poteaux qu'on aligne au soleil la pierre et les herbes sèches bab el hawa – bab el hawa combien de fois tu as entendus ce mot bab el hawa – tu ne sais pas et tu as peur – voilà c'est ça tu as peur – tu as terriblement peur on pourrait tout de même entendre une voix une voix qui s'élève un chant allez un chant – en arabe il chante c'est un vieillard et tu as la tête contre la vitre la fatigue tu n'as pas dormi un autre sur ton carnet il écrit au crayon noir des mots en arabe et les guitares se déchirent toutes immenses et violentes bab el hawa – avant la porte des vents un coup de tampon combien de temps tu l'as attendu avec ceux qu'ici tous tiennent debout au soleil pour un coup de tampon sur un passeport – identité pendant qu'une voix toujours la même une voix de vieillard il vit il te l'a dit il te le dira il vit dans les montagnes les montagnes de l'antéliban bab el hawa – la porte des vents avec mais tu n'y croiras pas avec la poussière en nuage sur le bitume le bitume il n'est plus bleu le bitume il est gris beige tellement la poussère et d'autres bureaux – d'autres uniformes encore identité tu te souviendras – rappelle toi la Toine rappelle toi chéri l'Emile tu te souviendras longtemps – ce qu'ils ont pu dire devant des guichets fermés ce qu'ils ont pu dire et que ça avance – la poignée de dollars et le vent le soleil les 45°C de Bab el Hawa – ton carnet que tu tiens sans même écrire à Bab el Hawa les fusils mitrailleurs le bus rouillés et les plaines immenses les plaines immenses qu'on imagine à peine qu'on imagine pas – et ta langue ta langue toute langue toute langue chute ici – toute langue merde toute langue qui rien toute langue tu ne dis pas – tu ne dis jamais l'essentiel comment on fait qui ça qui connaît et le bus à nouveau – plein sud – sud sud sud de l'eau en gobelet une station essence – les fuites noires sur la terre et les clopes qu'il jette dedans la salle de prière les chiottes immondes magnifiques – reprend ton souffle – respire – 45°C les premiers 45°C c'est 45°C dans ton corps à chauffe et blinde – tu peux chut – chut chut petit allez petit avance tu ne sais plus il y a quelque chose c'est comme de la folie – celle d'un sarwell mais pas comme on dit ici tu ne sais pas – d'un petit vieillard qui prie sur un siège de bus – des autoroutes longues langues toutes qui balayées par le vent la poussière – des villes qu'on doublent de loin en droit vers Damas – syrian dance sur nos routes sur leurs routes – les notes désaccordées à la terrasse d'un restau sans nom – la buée chaude sur les verre de thé bouillant – la fumée des clopes poussée les bourrasques chaudes – droit vers Damas.

24/11/2009 Vue remontée


imagine je sais pas on prendrait une voiture une voiture par exemple un bon gros diesel pour pas trop consommer non plus – et puis on filerait on partirait angers on prendrait l'autoroute paris direction paris t'arrive le ciel néons tu vois pas les étoiles tu roules – tu roules sur l'autoroute tu n'arrêtes pas le pied droit c'est le temps voilà le temps de l'appuiement sur l'accélérateur on y va on file on roule on roule tu continues plus à l'Est là direction Strasbourg – à Strasbourg faut couper un peu avant tu remontes en longeant la frontière tu passes le fleuve y'a plein de bagnoles c'est la route pour là-bas c'est ça tu connais cette route là – je sais pas moi je l'ai déjà faite plusieurs fois c'est la route pour l'Est pour l'Europe on file toujours par là plus au Nord parce que sinon l'autoroute faut payer à partir de l'Allemagne tu payes pas en Autriche y'a la vignette en Slovénie aussi mais si tu payes pas ça passe c'est pas comme ici alors tu vois tu passes une enseigne frontière y'a peut-être une ou deux bagnoles des douaniers là encore je sais pas – puis tu continues après tu suis München tu connais München t'étais où toi en Allemagne – ouais pas München les autoroutes en Allemagne ça file tu peux y'aller ça roule les grosses berlines elles te doublent à toute tu regardes ton compteur t'es déjà à 150 160 peut-être et puis parfois moins et ça continue après l'Autriche c'est que des tunnels – et certains vachement long genre 7 ou 8 kilomètres – l'effet que ça fait un tunnel déjà – noir noir noir jaunes les lampes toutes les unes après les autres et tu fonces plus au Sud maintenant direction la Slovénie les montagnes rappelle-toi les montagnes de l'Autriche le ciel gris un couvercle la frontière là aussi – et la route large c'est comme filer dans une vallée immense tu roules tu roules il fait nuit est-ce qu'on s'arrête on pourrait bien faire une pause on devrait allez allez on continue plein Est – droit devant l'horizon flou et alentour le maïs des champs de maïs à perte de vue du maïs nous on est là – dans la bagnole poussières tu vois c'est ça dust – dust generation – tout droit c'est la Croatie c'est écrit Zagreb c'est écrit Belgrade tout droit tu files files on pourrait couper tiens si on coupait on bifurque à Slavonski Brod – on descend plein sud Sarajevo les routes défoncées de Bosnie les vieux camtards les Yugos les panneaux publicitaires Zenica la ferraille et la rouille et Sarajevo on ne s'arrête jamais on file on file je veux voir le Kosovo maintenant qu'est-ce qu'elle a fait l'Europe ici hein – qu'est-ce que c'est l'Europe les immeubles éventrés tu les vois bien hein les immeubles les trous de balles tout partout tout sur les murs tu vois les baraques abandonnées crevées les toits brûlés ah c'est beau l'Europe dis-moi c'est beau – et qu'on file encore à Sarajevo plein Est direction vers la Serbie les montagnes le fleuve qu'on suit pendant des bornes – les caillous qu'on évite sur le bitume les frontières et les coups de tampon sur les passeports faut pas faire chier que ça roule je n'ai jamais non je n'ai jamais été plus loin je n'ai jamais vu le Kosovo jamais.

16/11/2009 Vue remontée

le meilleur corned-beef du monde tu l'as mangé les guêpes autour elles allaient toutes et tu restais assis à l'ombre un chameau là – une chamelle peut-être tu n'y connais rien et dans leur langues à eux tu sais bien – ils ont quatre-vingt-dix mots pour dire une chamelle alors que toi et ton corned-beef tu dis – les chiens aboient et la caravane passe un corned-beef en réalité – tu n'avais jamais mangé de corned-beef avant ce jour-là épuisé de marcher depuis le matin sept heures et ce que tu ne peux pas dire de ce goulet immense et jaune – du vent chaud la poussière les statuts dans la pierre et le meilleur corned-beef du monde sur un bout de pain de l'eau de l'eau chaude d'avoir marché au soleil avant que de voir la vallée entière tu te dis – les tiens aboient la caravane casse.

15/11/2009 Vue remontée


lorsque le soleil – lentement debout avec le froid raide les muscles et l'odeur de mouton le mouton jusque dans les matelas le mouton – l'eau froide et des photos blanches bleues du dentifrice sur les vitres d'un hôtel du moyen-orient – le muezzin tu ne l'entends même plus et tu charges ta carcasse dans un pick up blanc – tu sens le vent sur ta gueule tu sens le froid le désert et Petra – tu amasses quelques boites et des légumes bouts de pain tu fumes des clopes au soleil il est à peine huit heures c'est un matin d'aout lorsque le soleil – tu marches vers un monde entier tu ripes raque dans la pierraille caillasse à l'ombre dans un goulet non – un ravin ravine de printemps lorsque les glaces tu chies tu allumes une allumette à côté du papier s'enflamme et fume dans les déjà quarante-cinq degrés – et grimpe dans la poussière file entier tu penses la caravane passe tu ouvres les yeux c'est une clairière de pierres grottes toutes habitées souvent – charbons usés les bûches épuisées ça sent le mouton un gosse il a sept huit ans il arrive les pieds nus dans la pierre les pieds nus dans la poussière il dit dans une langue – il n'a pas quoi blanc les dents l'a pas les dents la poussière et le soleil dans la vallée de Petra tu vas marches au soleil les muscles et corned-beef au soleil avant de s'endormir épuisé quel sommeil tu as tenu quel sommeil jamais tu n'avais dormi comme ça – dans la tente à l'ombre peau de bête et la tête – sur une selle de chameaux jamais tu n'avais dormi comme ça – puis tu grimpes marches tirent les muscles vers un sommet tout en haut sur la montagne une jeune femme elle a dix-sept ans elle crie elle crie en anglais elle crie en arabe et la pierre alentour répète tout ce qu'elle dit – et tu continues tu marches tu marches plus loin encore quand il souffle le vent tu penses imagines tu as toute la vie là s'étale depuis milliers nabatéens tintins – un cirque de roches raides et le soleil tout à l'ouest une avancée un roc dans le vide un temple et la vallée en dessous et l'infini en face qu'est-ce que tu vois une bagnole rien du tout un homme peut-être marche un troupeau de bêtes et le vent – tu n'écris rien – tu ne parles pas – tu as chaud – tu as chaud et froid à la fois – le vent – rien que le vent – même le vent – tu ne sais pas dire ça – le vent – ce vent-là.

14/11/2009 Vue remontée


tu te lèves un matin terrasse de l'hôtel Al-Rabie Dimashq ach-cham dans les quarante degrés alentour la purée de pois chiche te sors cauchemars de quelle nuit chaude caldé quoi quoi quoi – et tu traînes encore comme un bout de tissus l'idée d'une phrase elle tient en elle tout un monde impossible sa langue elle n'existe pas – tu fais ton sac tu avales un thé tu sucres un bitume déjà au soleil mais vide – vendredi sur l'avenue Ath Tahwra les taxis vers les gares routières tu pousses avec tes mains tu pousses des sacs une guitare dans un coffre et tu tires sur un clope au soleil – imagine Fayrouz dans les baffles une chanson d'amour combien tu en comptes le bitume file à l'ouest c'est Beyrouth là-bas tu descends tu cherches un bus tu cherches des fruits tu cherches une bagnole pour Amman tu montes dans une grosse américaine – tu entends le bruit sourd v8 tu vois des billets tous en liasse dans une station essence à la sortie de Damas tu transpires au soleil la poussière sur les autoroutes du moyen-orient – les michtos pointus cuir du taxi chemise blanche ses lunettes de soleil quand il montre un doigt sur l'aiguille du compteur bloquée 140 miles les plaines immenses et jaunes – poussière toujours poussière tout alentour les postes frontières où tu peur – peur peur tu as toujours peur quand il s'agit de vivre un peu sur la route d'Amman les coups de tampon sur nos passeport identité – indentité ouh le milliard de poèmes qu'on pourrait avec l'identité tous au soleil – les fusils mitrailleurs dans leurs mains et la route encore vers Amman au loin tornade jaune dans le bleu du ciel une basse nerveuse et coeur à la fois battant battue résonne dans tes yeux jusque loin – tu descends d'une voiture tu charges dans une autre tu négocie la gare routière ta langue ta langue – elle ne dit plus rien dans cette quoi – blablabla pourtant tu ne te prives pas parle corps tu attends au soleil un parking immense et sale – les bus passent tous lâchent nuages noirs s'échappement mal mis sur un trottoir à tirer sur des clopes – à délencher un obturateur à noter des bouts dans un carnet on en oublie parfois de vivre autour un gamin tourne sur son vélo les roulettes dans le bitume fondu le chant d'un muezzin bouteilles et sacs plastique – tu charges dans un autre bus tu t'assieds sur d'autres chaises tu te serres dans la sueur tu roules plus au sud sur d'autres routes le bitume du moyen-orient tu pleures sans larmes quel rêve atteint quelle peur trop raide une boule une boule dans le ventre une pierre – une pierre un petit caillou blanc dans la main – l'odeur de l'essence à la station le soleil couchant sur les montagnes roses toutes roses le souffle des camions sur l'asphalte la pisse dans les chiottes une odeur acide tu te poses sur quelques marches tu as faim – tu n'as pas mangé tu ne manges pas tu montes à nouveau dans ce bus il fait nuit toujours plus au sud la nuit les phares jaunes rouges dans le noir tu t'endors la tête sur une vitre elle tactactac tressaute et tu trembles – tu te réveilles pâte langue qu'on malaxe il te dit deux mots ils valent cent mille tu descends devant un hôtel tu sors des billets tu manges un poulet tu t'endors sous la tôle le vent souffle dessus ça sent le mouton – un homme est là qui dans sa couverture ne parle pas ça sent le mouton ça sent la poussière tu es là – ici – et maintenant.

13/11/2009 Vue remontée

dans la Dacia rouge une Dacia cab c'est écrit cab – pick up avec la benne à l'arrière et les suspensions on sent bien – quelque chose de dur raide et rack rack sur les pistes entre mereni – et le village abandonné on roule tranquille vers les plaines et le soleil entier dans la poussière la route bifurque à gauche et c'est un chemin c'est une piste vers l'infini – le vent souffle la poussière et tout alentour s'embrume là-haut là-haut – dans ce qui reste de cervelle la poussière la poussière tu te dis dust dust dust et réunion à la croisée de deux sentiers immobiles – pendant qu'il dit sans chaman charogne alentour et blanche la poussière nous tous ici dust – dust generation au loin un tracteur tire sa pleine charge de paille pendant qu'une vieille femme caresse assise – son chien – la Dacia rouge attend recouverte jaune au nord deux poteaux de bois tiennent immobiles une cloche absente tu entends encore les volées immenses le vent soulève entier la terre une tempête ocre et sèche aligne rèches les corps épuisés – il n'y a rien – cinq maisons et une ruine restent encore s'écrasent dans le jaune et les herbes sèches – tu caresses un cheval – tu prends quelques photos – tu sens la poussière entière dans tes yeux – au loin l'horizon – c'est une colline ocre et sèche – et le vent plaque ton tee-shirt contre ta peau sueur.

12/11/2009 Vue remontée

une petite chambre déjà la pension c'est un hôtel quatre ou cinq étage - le dernier aménagé dans le grenier un petite chambre et ça va vient dans tout l'immeuble souvenir en rude - comme une pierre et mal taillée crac arrachée rock - qui vont viennent tous et tu as marché - tu as marché sur les pavés l'a fallu qu'une main - et pas n'importe quelle vienne te dire imagine tout ce qu'elle a pu te dire en venant se poser là - sur l'épaule sous un lampadaire avec la chaleur d'un mois d'aout en capitale roumaine - une petite chambre au troisième et dans un petit lit tu transpires - tu transpires et tu serres un corps contre toi - tu transpires et sur tes joues tu sens encore quelle douleur improbable - chez Elvis à Bucarest tout tes rêves ont disparu - au matin tremblant tu t'imagines disparaître.

10/11/2009 Vue remontée


fusent filent flou le monde imagine un peu – c'est une langue de bitume immense et grise parce que la pluie ça fuie même jusque dans la tire les fenêtres mal fermées dans cette – vieille et bleue – le moteur à toute raide alors imagine un peu – quand j'ai regardé l'aiguille du compteur – elle indiquait 160 – et la vitesse c'est quel monde rappelle-toi c'est quelle monde fuse et s'use entier ruse le pied droit sur la pédale pour avancer – la pluie s'abat claque plaque de toute sa fuite immense sous la grande voute et sur le pare-brise on voit quoi de nos rêves flous poussière poussière tous poussière dans la carlingue file à 160 sur l'autoroute entre Bucarest et Constanta tu ne vois qu'une chose tu vois mille choses – la pluie sur le pare-brise – les charrettes sur le bord – l'aiguille du compteur bloquée 160 – la grosse main poigne du conducteur tirant sur son clope infini – tu ne vois qu'une chose et tu vois mille choses – la plaine grise sous la pluie battue dans les baffles aux sombres héros et le silence de nos corps.

09/11/2009 Vue remontée

trompe la mort et puis quoi ça devient quoi vivre – au son d'une trompette imagine un peu c'est un stade de foot et but à tous les coins de bar – barbare leur langue à tous ici qui crient torse au soleil quand trois coups de canon cognent la montagne on n'y croit à peine being being – et la fumée s'échappe blanche dans le grand ciel bleu au son d'une trompette imagine un peu levée – et sa bouche y dessus et ses mains les joues gonflent soufflent l'air chaud d'un thorax un peu plus à l'Est encore – et claquent tous ensemble les mains levés being being les coups de canon résonnent encore et viennent tremblent tes pieds comme un mur de son les bières filent fusent dans l'air aussi – rakija rakija rakija boum boum boum babylone baby boum – boum boum boum babylone baby boum et j'entends encore on dirait on dirait une vision un cri d'ensemble tous ils disent chargez – et on attaque raque défroque toutes nos crasses immondes à coup de trompe la mort ça ne dure que quelques instants.

22/10/2009 Vue remontée

ici ça n'a pas de nom les immeubles autour quelques uns les vitres rouillées et verres fumés comme partout souvent dans le pays le moteur tourne encore - le temps d'un paquet de clope et une direction la marmaille est riante et se promène comment les tee-shirts troués leurs trognes quand le paquet de bonbons - et tous se jettent dessus et tous déchirent ça tombe sur le bitume dans une flaque ils filent en criant d'autres essaient d'entrer tu ne sais pas quoi - personne ne dit rien c'est le temps d'un paquet de clope chez le marchand une direction c'est plus à l'Est - filer vers les montagnes et puis rouler - ça te reste colle colle un paquet de gamins se déchirant autour d'une poignée de becs.

20/10/2009 Vue remontée

nous les errants comme respirant pour des premières fois ça reste dans l'oeil quand on s'approche - du côté du fleuve et toutes là j'l'entends des mots comme chaudière - et les mythes s'effilent fous comme nous là dans les rues de la ville sur le pavé courant parfois c'est ça courant lire une affiche un concert - et suant sur des terrasses de café et criant sifflant derrière les filles folles non fous - filant entre les tires entre les jambes et sautant les marches les coudes appuyés sur une pierre tu vois les toits de la ville jusque loin brouillard d'août et avides de plaines introuvables.

20/10/2009 Vue remontée

tu te rappelles Ginsberg tu te rappelles la traversée des Etats et tu cours dans les tunnels creusés par qui creusés par d'autres - d'autres là hurleurs parfois à d'autres époques et tu cours tu cours - cette nuit tu cours immobile sur le siège de la vieille tire Paris in the car - ceinture périphérique la capitale au volant le tabac des rêves le ciel néons publicitaires - pas d'étoiles alentour chacun sait pourtant quel monde il observe - dans le noir - et tu cours - tu cours immobile sur le siège de la vieille tire jusqu'à ce que le jour klanklanklang de bagnole usée on lève un capot sur une langue d'autoroute - sur le toit café fume on tire sur des clopes on se dit peu de choses on court court dans les tunnels immenses - le son rauque des grosses berlines allemandes - la station service - les glissières filant loin - touffes d'herbe - éparpillées.

18/10/2009 Vue remontée

il y a dans les baffles the man who sold the world un très vieux titre tu as les yeux là dans le vide du bitume fin de journée - les phares jaune rouge jaune rouge jaune rouge tous les uns après les autres un coup de klaxon dans le loin et vert le feu vert sur les bandes blanches - tu fixes le bitume et tu penses aux mondes que tu perds - à d'autres asphalte abandonnés à des corps loin loin loin tu ne les sens plus les rêves que tu as dispersés tu pourrais pleurer - tu pourrais pleurer au milieu d'un carrefour et quelques secondes quelques secondes seulement - ce serait le temps de l'appuiement sur l'accélérateur et tu ne lâcherais rien - dingue jusqu'à ce que quoi s'ensuive dingue.

09/10/2009 Vue remontée

un jour tu es sur un bateau sur le fleuve il n'y a qu'un fleuve dans tes terres explorées le Danube file d'un bout à l'autre - tu es sur un bateau non une barque une petite barque et d'autres autour pourquoi tu ne parles pas d'eux tiens pourquoi tu es sur une barque et tu regardes au loin tu regardes vers l'Est - tu sais qu'il y a d'autres fleuves à traverser d'autres plaines d'autres asphaltes - à l'Est.

09/10/2009 Vue remontée

combien de fois tu pourrais dire ça combien de fois pour le dire bien quelle question comment on raconte ça - ce que ça fait d'être dans la carlingue et filer plus à l'Est ce que ça fait l'autoroute slovène l'autoroute croate l'autoroute serbe ce que ça fait l'air qui s'engouffre dans la voiture la fumée de cigarette - la couleur du ciel pas vraiment bleu et au loin toujours flou noyé dans les champs de maïs les baraques toutes en briques démentes les vieux camtards les Yugos agonisant sur l'asphalte - et ce que tu ferais pour être sur l'autoroute entre Zagreb et Belgrade ce que tu ferais pour rouler comme à la poursuite de quoi d'une vision ce que tu ferais pour une vision sur la route de l'Est. 


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09/10/2009 Vue remontée

cette nuit Belgrade c'est quoi on ne comprend rien à Belgrade on affonne quelques bières dans le centre Belgrade tu as vu les chiens errants aux carrefours de Belgrade - tu as vu les immeubles effondrés de Belgrade et tu n'as rien compris tu as roulé vers la banlieue de Belgrade et tu as erré dans ta tire tu as croisé des convois de grosses berlines tu as vu les herbes hautes aux abords des casernes militaires - tu as fait cuire une boite de conserve au bord de la route sur le bitume le bitume tu as bu du vin rouge dans des gobelets en plastique et tu l'as vu partir - tu l'as vu partir dingue dans le noir tu l'as vu marcher dans un fossé tu l'as vu éclairer son asphalte à l'aide d'une grosse lampe on/off - dans la nuit tu l'as vu passer filant à travers les rues tu l'as suivi dans la carlingue et tu as jeté une tente ici - tu es allongé dans le noir épuisé dans l'herbe il est à côté il dort tu entends un train - un train passe sur les rails un peu plus loin ça te tremble la nuit remue jusqu'ici.

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09/10/2009 Vue remontée

la route devient longue longue bandes de bitumes toutes le plus souvent fraîches encore et vers le Nord c'est très clair - tout à fait à gauche côté conducteur le soleil dans sa chute c'est une large plaine plane jaune blé au loin les baraques comme ranchs perdus dans quel far west sans nom - la direction c'est plein Nord et Timisoara le plus souvent Romania le Nord de la Serbie tu l'avales et tu es là tu restes poussière dans la carlingue ce que c'est - être dans un monospace et traversée la frontière ce que c'est - les grands portiques bleus les bains d'eaux troubles les douaniers clopes assis sur leurs chaises immobiles - ce que c'est prendre en photo un panneau Romania une Dacia file devant qui blanche longe la barrière de sécurité les cris qu'on pousse sur les premiers kilomètres d'asphaltes les chevaux noirs courant tirant leur charge et le premier troquet - la première bière qu'on affonne on croirait un saloon on croirait le grand Ouest du rock'n'roll dans les baffles. 
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08/10/2009 Vue remontée

gueule de n'avoir pas dormi et puis les nerfs comment dire - d'avaler de nouvelles routes on se passe la carte - voir où on en est à quel endroit exactement et déjà - elles se déchirent les feuilles ne tiennent pas qu'importe on allume des cigarettes on roule vitre ouverte on a descendu l'Autriche gris sous la pluie on a traversé cette ville sans nom les camtards les longues remorques à l'arrêt devant des auberges et la chaleur on suit les panneaux vers Slovenja on roule on roule vitres ouvertes - puis la forêt on parle beaucoup dans la vieille tire on parle sans cesse on ne dit pas grand chose on parle et le moteur chauffe tu sens l'odeur on dirait de l'huile chaude cette côte vers la frontière - les virages tous serrés et nombreux les tous tellement qu'on allume le chauffage c'est un vieux truc on allume le chauffage le moteur refroidit puis les lampadaires jaunes d'un poste de frontière - comme ça nous tremble là d'avoir roulé et les plaines immenses qu'on découvre à peine les plaines immenses et poussières nous là devant un magasin de tabac fermé la voiture en roue libre jusqu'au premier troquet.

07/10/2009 Vue remontée

un peu plus au Nord déjà on a passé Brasov et tu as croisé ce vieux camion - un peu plus au Nord et près de midi dans cette ville ça ne se dit pas le bitume la poussière - le ciel tout à fait gris non gris rose - c'est quoi les cheminées là-bas tu files à travers les vieilles tires au pied de l'immeuble une bande de gamins court un ballon le cuir est déchiré il roule sur la terre - au bout derrière le but un camion-benne rouille crevé la route elle fait ce virage - c'est comme tourner vers d'autres planètes et dans la tire on dit tous on a faim on s'arrête dans un quelque chose de routier les frites les saucisses le coca la bière on avale ça et on passe un pont on file plus au Nord encore l'asphalte à peine assez large - c'est comme nos corps qu'on traîne nos carcasse qu'on tire là-bas c'est comme nos épaules qui ne portent rien c'est comme dans un roman américain - en filant vers le Nord tu voudrais qu'il parle encore.


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06/10/2009 Vue présente

à Constanta sur le port de Constanta tu marches sur le bitume du port de Constanta et tu regardes la mer - dans les baffles une voix de femme une guitare elle joue une ballade quelque chose d'assez doux mais tout de même - tu regardes la mer et ça te vient tranquille comme une vague un peu plus forte et l'eau monte lèche le béton atteint la digue ça te mouille un peu - tu monterais dans un rafiot qu'importe rouge vert celui-là avec la rouille sur les flancs tu monterais sur un rafiot et quelqu'un monterait le son et puis électrique la guitare électrique encore quelque chose d'électronique aussi - sur le pont du bateau tu regardes les mouettes le soleil là à travers les nuages sous tes pieds tu sens vibrations le moteur qu'on pousse de plus en plus vite bientôt les embruns et la côte s'éloigne - c'est tellement fort la musique et lascive une voix s'étire tu ne sais plus est-ce que tu pleures est-ce que tu ries tu ne sais plus rien et tu pars - à Constanta sur le port de Constanta tu marches sur le bitume du port de Constanta et tu regardes la mer - tu serres un ami dans tes bras tu le serres fort ce jour-là tu sais lui dire tu l'aimes à Constanta sur le port de Constanta sur le bitume du port de Constanta.

06/10/2009 Vue remontée

un matin peut-être matin d'une autre vie sais plus - le soleil tôt sur la tente à peine posée et l'odeur des sapins c'est une forêt aussi tu files vers le torrent et nu dans l'eau tu frottes ta peau avec un savon d'Alep nu dans l'eau froide tu te laves dans un bois de Slovénie - qu'est-ce qui passe d'essentiel dans la flotte de ce torrent dont le nom n'existe pas dans cette histoire. 
 
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06/10/2009 Vue remontée

dans ce qu'il y a de ville sur la côte tout à l'Est tu roules marches à travers les rues immmeubles tous immeubles bruns jaunes avec les vitres rouillées - grand tubes parcourant les artères depuis les centrales autour et du haut du minaret quelle mosquée quelle muezzin vient chanter ici - entre tes mains tu as un haut-parleur à l'Ouest la ville jusque dans le flou à l'Est le port une longue suite de grues les unes après les autres - nul navire à l'horizon sinon le vent le vent de la Mer Noire nulle vision à l'horizon sinon le flou - le flou de la Mer Noire.

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29/09/2009 Vue remontée

dans un lac d'huile - non - pas comme ça d'abord c'était la petite route - c'est la petite rouge un bitume bitume et parfois poussière la piste qui allait vers le village on savait là quelque chose comme des lacs salés - on nous a dit plus bas c'est pas là dans une autre langue dans une autre langue il portait - c'est une autre histoire et tu files à travers d'autres histoires il portait de la paille sur un pont de bois t'imagines il portait de la paille sur un pont de bois un pont de singe en bois et sa femme était derrière qui le suivait - près d'un champs de maïs en bas la montagne où les lacs salés - et l'eau elle est noire verte et salée ça te reste sur la peau tu te souviendras tu n'oublieras pas la piscine d'eau salée là-bas le poulet c'est un magasin il a devanture de quoi il vend quoi - des cuisses de poulet et des anchois en boîte que tu fais griller la nuit en sirotant de la palinka en imaginant encore d'autres Neal sur d'autres routes qui s'en vont tard dans le noir discuter avec la lune discuter là-bas - tu dis ça très mal parfois tu dis ça très bien clair d'autres - la piscine d'eau salée - le soleil - le poulet dans les frigos - les Dacias à l'arrêt dans l'herbe - la fumée d'un feu de camp - la fumée d'un feu de camp.

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29/09/2009 Vue remontée

ça te reste comme quelque chose de flou pourtant ce jour-là - tu files sur d'autres routes les frégates rouillées de la marine roumaine agonisent dans un coin de flotte - entre deux tas de terre des rails s'amenuisent qui vont soufflés par le vent - le vent de la mer Noire encore contre ta gueule dans la Dacia blanche au coin des rues - ça sent le miçi ça sent le miçi et tu marches dans le sable immonde tu marches dans l'eau magnifique au loin une carcasse immense s'effondre échouée tu cours dans l'eau et les vagues t'écrasent tout contre le sable t'en as plein le froc et tu prends une mouette en photo ça te reste comme quelque chose de flou pourtant ce jour-là tu es là tu es bien là - cette nuit tu as bu de la Beck's sous la pluie cette nuit tu as vu le jour se lever sur la plaine roumaine.

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21/09/2009 Vue remontée

sur le pare-chocs les gouttes toutes parfois tas entiers de terre c'est la boue dans les montagnes du centre de la Roumanie on a - arrêté la voiture au bord quand enfin le bitume après cette quarantaine de kilomètres ou bien quarante dans la boue piste - on peut dire de la piste et on s'imagine les larges plaines de quelque pays lointain - le moteur est chaud du capot bleu une fumée elle s'échappe quand le frais la pluie s'écoule dessus lente - une vieille tire de temps à autre un camion immense et monstre tire des troncs d'arbres tu respire loin tu respire profond sous tes yeux - large et long le lac Vidra bleu dans le vert vert des montagnes - tu as faim tu as froid tu as la fatigue aussi dans tout le corps et tu es là - vraiment - là.

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19/09/2009 Vue remontée

drash d'un coup d'un seul toutes les gouttes là le bitume et les corps vont qui s'estompent au coin d'une rue toutes les pluies de Damas - toutes les pluies des plaines roumaines toutes les pluies te reviennent et mouillent trempent c'est comme épuisent ce qui te tient - ici et maintenant tu te réveilles en Ouzbékistan.

12/09/2009 Vue remontée

à l'Est de ce pays - tu le rêves aujourd'hui tu le rêves un pays comme celui-ci et tu l'as arpenté déjà et tu le rêves encore - tu le rêves toujours - tu es sur un bateau tu vas plus à l'Est encore c'est un fleuve on pourrait écrire tout un poème tu as parcouru des milliers de kilomètres il est toujours là tu vas plus à l'Est encore et le soleil brûle ta peau tu es torse-nu sur le pont d'un bateau les vieilles barques rouillées les larges barges chargées de leur sable elles poussent toutes des mondes entiers une Dacia sur une barge ça te suffit comme vision magnifique ce jour-là et le bateau file et le fleuve et toi - c'est une autre histoire.

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12/09/2009 Vue remontée

avec les seins qu'elles n'ont pas et le bleu de la salle de leurs strings de leurs talons elles dansent au-dessus les absynthes et tu es fou et tu cours au dehors - à travers les escaliers bétons l'acier d'une rambarde tu la tiens dans ta main tu tires dessus fort tu vas vite - très vite tu es dehors tu respire l'air frais ça parle dans une autre langue et tu as le cul sur le bitume tu sens très bien - le bitume le gravat en dessous tu te relèves tu t'appuies sur quelque chose c'est une poubelle et tu pleures tu la vois elle arrive et tu n'as rien à dire tu ne veux plus rien dire tu veux le silence tu files files dans la nuit ailleurs - dans un autre bar d'autres ils rient d'autres ils n'écoutent plus personne ils n'écoutent plus elle tombe et tu marches dans le noir tu marches tu te réveilles plus tard dans le lit il fait si chaud tu es malade et tu ne sais plus - ce que tes nuits inventent ce que ton corps ne vit plus.

12/09/2009 Vue remontée

Qui pleurent seuls les larmes longues sur un boulevard à quarante-cinq degrés – et marchent et courent et s'enfuient tôt le matin vers les téléphones incapables – tremblent feuilles quand les mollets caressent une crosse un fusil l'oreille dans une langue un monde – craque.

(extrait de Mes Fantômes)

12/09/2009 Vue remontée

Qui sont là suant une petite pièce dans la médina on the rocks le wiskhy – fumée de clopes à peine s'échappant et Fayrouz dans les cordes et sur l'ordinateur encore les corps quasi nus les femmes une à une – les rythmes tapés sur la table les dernières notes d'un solo frappé fou les cordes arrachées longues – trainent encore dans ses yeux qui larme appuyé à une porte lève la main sue.

(extrait de Mes Fantômes)

12/09/2009 Vue remontée

Qui sur le toit le soleil tape dur c'était un jour d'aout près du port de Beyrouth – on entendait les sirènes on entendait les grosses tires sur le bitume à l'américaine qui là mon fantôme c'est toi mon vieux – usé chaud sur un lit rouillé se rêve ailleurs loin loin pourtant là – entre les impacts de balles ouvre les yeux chargé dur et toujours – tendresse.


(extrait de Mes Fantômes)

11/09/2009 Vue remontée

à Skofja Loka tu traverses le village à Skofka Loka tu arrives au bord de l'eau et tu ne sauras jamais – pourquoi on dit qu'après vingt heures de route tu as encore de quoi tenir et parler – qu'après le bitume à se saouler ainsi c'est comme tenir à la poursuite de quelques choses comme une vision – tu files dans un troquet et tu entends c'est comme une brisure non mieux – un roc un son de rauque qui vient là comme coup de poing dans ta – gueule sûr qu'à demi calfaté on ne dégrippe pas si facilement ce qui a rouillé – quand on s'attrapera à nouveau dis-moi quand on collera nos lignes de flottaisons dis-moi – est-ce qu'ils couleront nos mondes est-ce qu'ils couleront les mots – et moi j'ai vu la rouille à Skofja Loka j'ai vu la rouille sur nos parois.

07/09/2009 Vue remontée

quelle est cette route et à quoi bon à quoi bon savoir son nom est-ce que ça te met mieux savoir comment elle s'appelle cette langue de bitume - au dessus de Kotor sur les murets sur les parapets chaque virage porte son numéro - peinture rouge le plus souvent à la bombe et ce n'est pas pour ça - encore que s'il n'y avait pas les numéros de chaque virage peints à la bombe en rouge sur les parapets - te souviendrais-tu de Kotor de la baie de Kotor du soleil sur la mer et de la route coulant cool vers une barge - quelques euros et tu files vers Bijela dans les virages de cette route plongeant sur Kotor les pneus de la voiture crissaient durs - tu as voulu dire la pluie il ne pleuvait pas - ce jour-là.


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07/09/2009 Vue remontée

un homme arrive qui semble comme un fantôme un corps aussi dans son réel à lui va va va fatigué de pluie trempé les cheveux - un homme arrive dans les montagnes du Monténégro il est là épuisé ivre tout à fait ne se souvient de quoi BGD style il dit de plus en plus dans son n'importe quoi d'existence - qu'il enseigne l'art de dessiner qu'il enseigne ici et qu'il n'ira jamais à BGD il n'ira jamais à BGD s'il va à BGD couic il dit - il se fera tuer on l'attends là-bas il dit un homme arrive qui semble comme un fantôme déjà.

06/09/2009 Vue remontée

un jour tu as traversé la France tu filais vers le Sud un autre jour - le lendemain tu as traversé l'Espagne tu as filé plus au Sud encore tu t'es réveillé à Madrid tu as vu le soleil de Madrid et tu as filé plus au Sud encore tu as filé tu as vu le soleil d'Andalousie tu as vu Algésiras - tu as bu du café sur le port d'Algésiras tu as payé un ticket pour traverser la mer tu es monté dans un bateau tu as senti le vent sur ta gueule tu as senti le sel et le froid un peu aussi - tu as attendu une heure pour un coup de tampon sur ton passeport tu as écrit des poèmes sur un carnet noir tu as vu Tanger tu as vu le port de Tanger tu as vu la plage et tu as vu le quai un jour - tu es descendu d'un bateau sur le quai de Tanger - tu filais vers le Sud - et tu écris des poèmes au passé.


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05/09/2009 Vue remontée

le soleil donne dur sur la côte tu remontes plein Nord depuis Kotor tu files files sur le bitume et tous dorment dans la carlingue - tu te surprends tu parles seul tu dis deux ou trois mots ça vit comme ça un corps avec un volant dans les mains tu as chaud - tu transpires tellement tu as le dos trempé le siège s'imprègne de sueur ça sent fort - la clope la sueur quelques fruits trop faits à l'arrière des fringues mal lavées - tu remontes plein Nord depuis Kotor tu files files sur le bitume et tu avales les bornes tu traverses un pays entier ton pied droit est à plat sur le plancher ça peut durer des heures ainsi ça peut durer des heures ainsi.

02/09/2009 Vue remontée

un soir après des guitares après des bières un soir dans une ville j'ai posé mon matelas sur l'herbe j'ai sorti un duvet j'ai dormi sous le ciel c'était plein d'étoiles au matin le soleil était chaud - le lendemain ailleurs après un vieil ami j'ai posé mon matelas sur l'herbe j'ai sorti mon duvet sous le ciel et c'était plein d'étoiles au matin le soleil était bon - le lendemain au bord d'un fleuve j'ai posé mon matelas sur le sable j'ai sorti un duvet j'ai dormi sous le ciel c'était plein d'étoiles au matin sur le fleuve la brume filait vers l'Ouest au matin il faisait bon vers six heures - ça n'a pas l'air vraiment - ça n'a pas l'air - d'un coup c'est comme avoir arpenté des centaines de kilomètres de bitume poussiéreux - et des routes improbables s'affichent enfin à travers mes cartes froissées mes cartes intimes.

31/08/2009 Vue remontée

Ouh luxuriance ça te revient fatigue longue – ouh le silence – Stampa Mersi Plus Diskont au Coffe Pizzeria Angola ouh longue lenteur ou bien ta gueule longue bouche vas-tu la chut – chais pas chuis là change chat chat charango oui – ça te revient un charango dans l'oreille ouh silence – limite lyrique plainte plan mou j'ai longtemps rêvé d'avancer sûr dans ce qui semble de réel ouh l'absence – chut – chut et dort dort le charango que tu as dans le ventre s'endormira bientôt – ouh suaves les cordes d'un oud allez changeons autobuska stanica ulaz za putnike combien de fois ai-je eu envie que tu sois là – sale vieille cervelle putain mal froquée défroquée gavée distance sale vieille cervelle qui n'a jamais su encaisser silencieuse ouh rance – on pourrait encore se coucher tôt tard qu'importe se coucher avec un drôle de silence amer et sécher.

31/08/2009 Vue remontée

un long et large plateau – celui que tu voyais du haut là-haut sur le Meded – les champs tous en longueurs parqués de barrières en bois le barbelé – temps à autre les vaches entre les tombes une vieille femme passe qui tient un seau qui tient un enfant elle a un foulard bleu – le ciel bleu blanc on a souvent besoin du ciel pour mieux dire l'ensemble – dans ce village une très petite église son toit rouge – les poteaux électriques alentour quadrillent.

27/08/2009 Vue remontée

parc national du Durmitor étonnant fou d'au réveil nul mal crâne respire profond l'air clair – de ne pas voir encore mal après tant de dingues la nuit la guitare une voix oui belle à travers feu s'évole entière chaude et les paumés s'accrochent aux lavabos – y'a toujours un paumé qui se réveille en furie un matin mal botté – y'a toujours un paumé et la guerre c'était pas si loin ça fait bing bing ou bien non bang bang comme dans une chanson encore une fois et d'une voix chaude bang bang – alors d'accord vas-y ça te revient dans un vrac le réel et pousse moi encore que même la nuit soit terminée – dans tes sommeils c'est berzingue encore tu auras les yeux tout ce que tu n'as pas dit tient là fou – on se réveille un matin avec un encore un petit goût de vers – un bout de phrase qui file dans l'oreille ça te tremble au matin le café sur le gaz le soleil sur la table en bois ça te tourne sur toi sur un matelas fin comme ton dormir limite – et tu ne dors pas et tu pourrais book of dreams tout écrire qu'un serpent traverse une cour de ferme alors qu'un léopard lui court après dites-moi docteur ça marche comment un corps ça marche comment un corps – tu dis vraiment n'importe quoi.

26/05/2009 Vue remontée

La route du Monténegro vers l'Ouest – as-tu déjà écrit ça rouler vers l'Ouest – même plus la peine Kerouac si tes rêves ils se sont poussés de là vers ailleurs – et toute la route à affonner dingue avant d'y comprendre quoi pas l'essentiel – les virages à l'entrée du Durmitor et crissement les pneus vont chauds sur le bitume dans un calme d'alentour – filent doux à travers les champs à bêtes les baraques toutes en travaux sans fin un Volskwagen garée devant le mur en bois un vieux camion chargé de quoi fume noir dans les virelots sur le pont les touristes et ça ne s'arrête pas – tu parles de moins en moins de l'humain pas sûr toi tu parles de toi toi toi après tout – comment ça se rassure un homme un homme qui va un corps ça va – un corps ça souffle dans les rues de Guça transpire à goutte goutte goutte – et la gueule même sèche la gueule dans une tente à Guça un matin chaud – pendant qu'à côét il dingue ne dors toujours pas et un corps ça goutte idem autour d'un lac dans les montagnes Crna Gora comment ça se dit Crna Gora un trajet d'homme dans une autre langue d'autres mondes – un corps comme un long poème que tu as déjà posé c'est comme un caillou – et on donnerait des coups dedans des coups de pied un corps fâché fou flex incapable il va le corps silencieux parfois dans une poussée de tous les jours – et tu ne veux plus dire ça – et tu ne peux pas dire ça – et tu pousses plus tard une nuit à Guça et les corps se tremblent serrés collés de sueur – un autre jour une autre nuit une autre femme tourne tes yeux fatigués vifs et ça se dit comme un trajet.

24/08/2009 Vue remontée

Beyrouth Beyrouth Beyrouth suffit d'un mot et tu repars loin à Beyrouth tu as vu rappelle-toi كاراج c'était écrit sur les murs tu as vu un vieux fou dingue là-haut - peut-être d'avoir échappé à un missile il était tombé sur l'immeuble en face il disait les jours de bombardements je sors quand même - il disait ça tu marchais dans la rue tu marchais tu avais faim tu marchais il disait je sors quand même de toutes façons si ça doit nous tomber dessus ça nous tombe dessus il disait en français Beyrouth et tu marchais dans la nuit - tu filais dans un supermarché tu achetais de quoi manger de la bière à Beyrouth comment s'appelle la bière à Beyrouth gare mon vieux gare - tu dérailles.

23/05/2009 Vue remontée

un morceau de PQ brûle dans la montagne quelques chose comme un désert – d'arbres partout avec de temps à autre une Volskwagen passant monts calamés d'hebre verte aussi – la route comme du bitume usé troué blanc gris plus que bleu noir avec un envol d'oiseaux tous s'élèvent quand la voiture file – pourquoi ça te tremble d'aller comme ça vers ce qui ne se sait pas – t'as les yeux toujours en allant dans les Balkans tu roules roules et ça te fuit la vie à s'en mettre plein la gueule le plus avide – les vaches les meules de foin les bornes qu'il faut parcourir entre deux maisons quelque chose comme un village avec un grand bâti au centre brûlé sur une facade rouillées le fenêtres la plupart sans carreaux dans celle-ci tu aperçois un néon – une Golf rouge passe à fond de cinq qui coupe à la corde le virage t'arrive en pleine face – que ça continue.

23/05/2009 Vue remontée

et puis tu as perdu l'essentiel – tu as perdu sans l'écrire tu voulais dire les seins bronzés d'une femme à demie nue debout sur une chaise – tu voulais dire le jaune brillant d'une trompette là tout près – et la fumée d'un méchoui rend flou l'ensemble pas seulement la bière qu'ils boivent – les bouteilles toutes et nombreuses sur les tables – au Stadium tu voulais dire les gobelets peut-être milliers tous sur l'herbe les canettes écrasées – un homme se lève qui affonne une bouteille d'eau de vie la goutte de sueur sur son front à moins que non – peut-être goutte de bière tiens tu voulais dire les trompettes en plastique – y'avait quelque chose d'insupportable comme les dizaines non centaines de bouteilles dans l'eau un barbu assis dans sa baignoire mate une télé déglinguée et l'eau lui passe tout autour – un béret militaire sur la tête au loin tu entends le son les fanfares encore à la gare routière les gitans s'engueulent et tu finis un café le marc au fond on dit à la turc – trois mecs en uniforme passent qui tiennent des matraques autour d'autres jettent de la bière en l'air – quand un gars passe qui porte des shots de rakija tu en prends un – tu mélanges tout et il s'en va file une femme passe qui porte une rose un gars croque dans son sandwichs – tu voulais dire la tente en pente et les feuilles de journal avec la merde dessus les coups de canon trois tous les matins et le sol vibre et ta carcasse avec – tu voulais dire quand il s'est couché les yeux grands ouverts et tu te réveillais sans cesse usé il te regardait les yeux grands les parasols Jelen Pivo – jaune et noir tout autour la grande scène un soir un soir dingue dingue dingue – les croix sur les torses des hommes la fumée d'une cigarette dans le bureau quatre du premier étage de la Police Station – tu voulais tout tout tout et tu sais bien ce n'est pas possible et pour ça on y croit à ton histoire elle tient comme un humain – lui il s'envoie des bières tard le soir la drogue c'est quoi le parc de la High School de Guça – le reste du parler fou quand tu précises que ça tient comme ça tu crois c'est un vrai travail de langue pfff – et que ça défalque les mots de tous les jours une grande brune passe qui remet sa culotte à travers son petit mini short jaune – des cornes de diable à la fête à la saucisse clignotent dans le noir – garde mon vieux pompe ce qui vit là un homme drapé de son blason serbe rouge bleu blanc avec dessus les armoiries.

22/08/2009 Vue remontée

tout à l'heure tu allais main street et tu avais envie de ça – tu aurais serré ta mère dans tes bras et tu lui aurais dit « je t'aime » - et tu ne fais jamais ça – tu aurais serré ton père dans tes bras tu ne fais jamais ça – mais ta gueule puisqu'ils sont là tu aurais serré les deux frangins et vivre serait facile.

20/08/2009 Vue remontée

tu as fait ta première photo tu sortais en troisième d'un beau virage et il était clair et blanc loin – en conduisant tu l'as faite ton vieux pote tenait le volant devant toi et tu as réglé le diaphragme et tu as déclenché faut pas s'imaginer quelque chose de vraiment droit – aussi les nids de poule les lignes blanches souvent mal ajustées – tout au loin une maison on la distingue à peine tu passes la quatrième et le bitume secoue la caisse et la carlingue c'est un plateau au Nord de Visegrad le ciel est gris blanc tu es fatigué.

20/08/2009 Vue remontée

La plaine au Nord de la Croatie après le coup de tampon sur le passeport passeport passeport la deux fois deux voies vers l'Est avec autour les champs de baraques en briques et Zagreb qu'on double au Sud – les tours de béton il y a quatre ans tu étais là-bas il y a quatre ans avec ce que ça dit de fou une première fois avec ce que ça remue Bauhaus en Caterpillar trois locos rouillées dans une gare désaffectée – le maïs Ennezeta Castrol ça te sonne en 2800 tours minutes à 7,25 le taux de change de tes émotions ça tient dans un portefeuille une route – tu mentais les aventuriers de Jack Kerouac tu mentais tu n'avais jamais vraiment lu finalement oui – comme c'est triste une vie d'homme ça file dans ce qu'on s'accorde de réel bien en face des mots.

20/08/2009 Vue remontée

Comment tu disais déjà – comment tu disais la route Ljubljana Zagreb et plus loin vers Belgrade tu disais vers un flou d'horizon – et le maïs toujours le maïs ça n'a pas changé – et tu as mal d'avoir dit ça tu as mal d'avoir dit ça tu as mal d'avoir dit on ne se parle plus toi et moi ce n'est pas qu'on ne parle pas c'est qu'on ne parle plus alors quelles routes ont-elles perdues leurs asphaltes et ça t'enrobe de rêve avec les belles jambes en dessous elles dansent les femmes c'est comme nos mondes les femmes et qu'on ne m'en parlait plus pendant tout ce temps – et toi – tu étais là au bord de l'eau à Skofja Loka la pluie tombait sur la terrasse et tu finissais une clope et tu disais ça mon vieux jusqu'où on s'aime pour s'en lâcher si peu.

20/08/2009 Vue remontée

OMV Mercator Ljubljana Padarino Sparkase 70 Kaligula Ikea Baumax Mercator Mercator Mercator – le Center file droit sur les boulevards les Spars – deux voies droites vers l'Est où le soleil au bout Maribor à gauche et là Zagreb – Vostojna et les tags sur les murs c'est comme ce qu'on garde de raide dans nos silences intimes – quoi quoi – à quoi bon pourquoi rouler comme ça qu'est-ce que ça fait trembler dans ce que tu as de tripes devant le Café Coisin sur le boulevard – quel est son nom – qu'importe et maintenant et fais un effort reprend le cours – pas là pour se perdre – inédcis porutant c'est réel comment dire exactement ce qui se trame de frontières est-ce que ça se comprend est-ce qu'on avance ensemble est-ce qu'on se parle est-ce qu'on s'écoute dis-moi – hier les autoroutes allemandes tu avais le volant dans le main et le pied droit bien à plat et tu filais sur la voie de gauche il pleuvait il pleuvait raide sur le bitume et Fernand buvait le café et le bitume et l'asphale – ça file – Skofja Loka pas assez loin.

20/08/2009 Vue remontée

haricots tournesols tomates – les haricots là qui montent montent – et puis la vitre lumière le frigo la table c'est la cuisine sur un pont à Skofja Loka alors il a fallu que tu arrives là – il a fallu qu'on te déteste et et puis ta gueule – sur le texto un autre il a dit – merde tu ne peux pas dire « un autre » - qu'il y croit qu'il comprend et que tu n'as qu'à gueuler parce que c'est ça – pas grand chose de plus – qui pourquoi tu es là assis sur un bout de pierre ce soir-là il fait un temps comme gris moche avec la pluie tout le jour tu pourrais pleurer même ravaler – comme écrire ça ne changerait rien.

26/07/2009 Vue remontée

tu as toujours dit les chiens errants de Bucarest tu as toujours dit ça comme d'autres aussi les chiens errants et tu ne t'es jamais dit comme un chien hurlant sur un trottoir de Bucarest – tu n'as jamais raconté ce soir d'été tu n'as jamais dit les bières et les larmes dans une rue de Bucarest tout proche de la pension Elvis tu n'as jamais dit les femmes nues d'une boîte immonde tu n'as jamais dit la vodka la tristesse cette profonde tristesse tu ne l'as jamais dit – comment tu es sorti seul sur le bitume encore humide comment tu as pleuré contre une poubelle et le coup de pied que tu lui as donné comment d'autres riaient alentour et comme tu avais peur et comme tu avais mal et comme tu voulais rire toi aussi et comme tu te sentais seul – tu n'as jamais dit comme tu hurlais dans les rues de Bucarest et ce que tu as préféré dormir comme mourir.

26/07/2009 Vue remontée

complètement nu nu nu puisque né nu – et ça tu ne l'as pas inventé – nageant sur le dos vers huit heures du matin ivre chancelant dans l'eau même froide le soleil dans le bleu là-haut comment dire – bien – intensément bien ivre nu dans l'eau froide quand une des voûtes du pont du Gard passe au dessus – ça n'existe pas les mots et ce n'est pas grave pour la première fois tu te dis ce n'est pas grave tu n'as pas les mots et ça ne se dit pas ce que ça fait – être complétement nu et ivre dans l'eau – sous le pont du Gard – un matin vers huit heures.

26/07/2009 Vue remontée

c'était quand c'était une nuit et folle et des baffles y'avait quelque chose comme un nerf dans ton corps et d'autres aussi – il avait dit un jour il avait dit ça et tu l'avais cru il avait dit c'est peut-être seulement ça c'est peut-être seulement qu'on s'avoue pas assez qu'on s'aime oui c'est peut-être ça – et cette nuit là quand une basse un batterie un clavier quelque chose de rock ça vous agitait ça vous tremblait tu lui avais sauté dessus et c'était bon – vous vous étiez serrés comme on se sert plein d'amour et puis le silence ça te reste – quoi – qu'est-ce que ça dit – qu'est-ce que ça trace – quoi quoi quoi – un marteau-piqueur pour ton bitume intérieur ou bien un souffle tranquille et quelques poussières retombent au loin.

17/07/2009 Vue remontée

une chanson arabe qui dit je t'aime ça n'a rien de vous savez mais de cette façon et comme ça faux puisque je chante toujours faux et comme il veut bien me laisser un peu dire quelques mots merde - tu écoutes ça un an après et et tu sens c'est comme une larme mais ça aussi - ça ne se dit pas - ça ne se dit pas comme on peut pleurer en écoutant une chanson d'amour dans une langue quasi inconnue - et ce que ça te fait dans la carcasse ce qui résonne et jusqu'où et comme ça te tremble les entrailles et tu pourrais mon pauvre vieux avaler quoi sinon tes rêves échoués - c'est pas dire manqués juste là encore - tu regardes par la fenêtre et tu vois quoi le ciel tu marcherais tu marcherais seul et c'est pas non plus la question savoir vers quel monde égaré c'est la route rien que la route - une chanson en arabe qui dit je t'aime et de cette façon tu rêves mon pauvre vieux pourtant - c'est bien ça - une chanson en arabe qui dit je t'aime.

17/07/2009 Vue remontée

les cordes d'un oud combien de poèmes as-tu commencés de cette façon les cordes d'un oud dans une pièce - ça te traverse de partout comme avec les pieds qui frappent la mesure et ce jour-là -tu étais sur la terrasse de l'hôtel Al-Rabie à Damas - fin souk Sarouja le oud c'était celui d'un vieux musicien de la vieille ville et ton pote - il lui avait acheté sur la terrasse de l'hôtel Al-Rabie il jouait l'après-midi le vent soufflait sous l'auvent mais les corps étaient là sous 45° et tu regardais ses mains sur le manche tu regardais sa tête sa bouche grimace et aussi une goutte de sueur sur la joue comme c'est cliché - mais pourtant là et avec ton crayon dans la main ton carnet tu ne dis rien tu n'écris rien tu ne peux rien faire devant la goutte de sueur sur sa joue et le oud et puis il s'arrête - au loin on entend les coups de klaxons des voitures accélèrent c'est assez étouffé mais là tout de même - il y a aussi le son du oud quand il le pose sur la table souvent la caisse cogne ça résonne un peu tu aimes bien - il te dit ça va il s'allume une cigarette tu ne dis pas grand chose toi aussi tu allumes une cigarette il y a quelque chose tu ne sais pas quoi ça t'écrase terriblement et tu te sens poussière terriblement poussière - à quoi ça sert raconter la goutte de sueur sur la joue de ton pote sur la terrasse de l'hôtel Al-Rabie du Souk Sarouja - à Damas - à quoi ça sert.

17/07/2009 Vue remontée

c'est une photo noir et blanc et le tirage vraiment mauvais ça laisse comme un gris de nuage dans l'ensemble une jeune femme et robe - je sais qu'elle est jaune - monte un champ c'est pareil - je sais qu'il est vert - et la nuit tombe sur la montée du campement lors que la nuit vient sous l'auvent avec les quelques bouts de ce qu'on mange parler tard ne change plus rien à ce que vivre te laisse de réalité.

13/07/2009 Vue remontée

ça nous est tous là on se voit on est là aussi comme lui et la nuit elle te souffle quelque chose comme du nerf et tu mangerais une route - ou bien tu t'allonges dans l'herbe dans un fossé tu te roules sur le bitume aussi dans la boue sèche tu dis quoi tu es là les pronoms ils n'ont plus rien à dire quand on raconte ce que tous on tremble - toi aussi tu as marché seul la nuit sur une route et tard toi aussi tu as couru dans une plaine dans une vallée tu as couru dans le noir il était là tu l'entendais gueuler avec la gorge en grand - toi aussi tu es passé sur des ponts tu as regardé l'eau couler tu as pleuré discrètement quand tu l'as vu faire tu as pleuré en silence - t'as voulu avaler les bornes et tracer des plaines tu es resté tremblant sur un canapé on veut être seul absolument seul on a le corps moins raide d'une main là pour dire l'essentiel - dans ce qu'il te reste d'énergie tu tiens à côté de ceux qui chutent - après on aura d'autres sentiers nocturnes.

05/07/2009 Vue remontée

tu ne te souviens plus ça ne revient pas toujours et puis les carnets tu les as remplis oui et ça s'échappe tout de même c'est quelque - non quelques mots oui d'un souffle nu mu aussi vazy mon vieux enfin ta mue la voilà langue langue langue - quand t'arrives près de Sibiu dans la campagne autour tu roules le van file sur le bitume sur la piste dans le miroir du rétroviseur la poussière se lève imagine un peu - avec un coucher de soleil entre les montagnes un pont de pierre et dessus toutes là les chèvres poussées par les chiens un homme aussi et les Dacias - à travers les bêtes au loin là près de l'eau quelle vue une rivière et l'herbe s'écoule doucement vers elle - des voitures des charrettes aussi des feux de camp la fumée monte lentement - tu vas dans le van à travers les ruelles les vieilles femmes contre les murs les gars attablés assis sur un bout de paille et tu ne sais rien de ce village sans nom - de cette route vers les montagnes et le coucher de soleil tu ne sais rien des longues chevauchés déclamatoires et de la poésie de la poésie tu ne sais rien - tu prends des photos tu remplis ton carnet - et tu te perds dans le réel - tu te perds - tu te perds de vue.

03/07/2009 Vue remontée

sur le flanc la montagne et le soleil sur le pare-brise les reflets tu te souviens du soleil et des grandes étendues blanches sèches jaunes plutôt jaune - et la paille en botte levée à la fourche une vieille femme est là qui marche sur le bord du bitume les charrettes ou la vallée plus bas la route sinueuse - les virages virelots va vont dans la voiture le van tu es là silencieux comme un quoi à noter tes croquis de mots oublieux mon vieux de temps à autre vivre ça se bouscule sur les graviers à l'Ouest des Carpates - tu te répètes certains autres Kerouac et Romanès le ciel là le ciel rien que le ciel - tout petit dans ton van sous la grande voûte et chaud - l'herbe sèche comme les plaines arides de tes rêves.

01/07/2009 Vue remontée

après la ville on est tous là comme usé des bornes et d'avoir atteint le pays aussi - la nuit est tombée et les phares ou pas nombreuses les charrettes aussi - quand tu les doubles tu entends les sabots sur le bitume et tu avales encore les bornes jusque ce village - quel est son nom - les Dacias attendent au bord de la route et les humains là regardent la caravane passe au loin les chiens errants ils n'aboient pas ils couinent les chiens errants ils ont peur et quand tu éteints le moteur tu entends dans la nuit encore - les sabots sur le bitume.